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Manitou : les Juifs, la Religion, Israël
Adaptation Yerouchalmi Réhébraïser les juifs de diaspora
Q : Maître du judaïsme français, vous décidez de vous installer en Israël. Considérez-vous qu’on ne peut être vraiment juif qu’en Israël ?
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Manitou : C'est lorsque la nation hébraïque de la Bible (avec sa conception du monde, sa religion /langue /culture) a été détruite il y a 2000 ans, qu'est apparue l’identité juive. Ces Judéens de la dispersion sont alors restés une identité à plusieurs dimensions. Exemple : je me vis comme Juif né en Algérie, hébreu par hérédité/ nostalgie/ fidélité/ culture et... par religion! Les Juifs ainsi habitués à ces identités provisoires sont restés hésitants lorsque le sionisme a commencé à restaurer cette identité hébraïque perdue depuis. Avec Israël, un évènement important est pourtant advenu dans l’histoire de notre peuple. Q : C’est pourquoi vous parlez de la réhébraïsation ? Manitou : L’Hébreu devenu juif redevient hébreu (espoir de 2000 ans, dont le rituel "l'an prochain à Jérusalem"... ). Le Juif de diaspora cherche encore sa voie, avec 2 possibilités :
- la réhébraïsation,
- une voie qui nous inquiète, celle d’une identité juive cosmopolite de diaspora qui dédaigne de rejoindre son Histoire en Israël (obstacles matériels ou perplexité… ).
. En Israël sans religion ou en Diaspora avec religion ? Q: En Israël, il y a aussi des Hébreux dont la relation avec le judaïsme est ténue ?
Manitou : Etre un Juif perplexe en Israël c’est tout de même être à l’abri "à la maison", en Israël… (NDLR Contrairement à la diaspora : a) avec les chances de garder son identité juive par des mariages entre juifs et b) avec à tout moment, la possibilité et toutes les facilités de retrouver son judaïsme religieux). Alors qu'être juif perplexe en diaspora, c’est vraiment mettre en question le point central de son identité. Cette perpétuation de la diaspora, alors qu'Israël est là , est une idéologie fictive ignorant le côté dérisoire de cette vie en "exil", que de nombreuses organisations juives de diaspora nourrissent pourtant ! Q : Peut-on être hébreu sans foi ni D.ieu ? Manitou : C’est une erreur de réduire le judaïsme à une religion, car l’identité juive se définit comme celle d’un peuple (de religion juive). Les juifs ne croient pas tous en D.ieu, mais l’essentiel est qu’ils sachent que D.ieu croit en eux : tant qu'on vit l’identité collective, pratiquant ou athée, on sait qu'on est un contractant de l’Alliance biblique avec D.ieu. Il faut faire confiance à ce peuple : le seul fait d'accomplir les promesses de D.ieu, même sans croire, donne in fine confiance en Lui. Le Juif de diaspora, même religieux, se trompe car il n’a hélas pas compris l'essentiel, à savoir, que la dimension collective de son peuple, autrefois simple somme de communautés parcellaires, s’est finalement concrétisée avec Israël. . Sionisme sans Religion et Religion sans Sionisme Q : Vous confirmez que le sionisme a plutôt déjudaïsé le judaïsme ? Manitou : Comme dans une tragédie : les Rabbins accusaient les sionistes de perdre l’âme des juifs, et les sionistes les accusaient de perdre leurs corps. Les fondateurs du sionisme politique ayant trouvé les Rabbins comme obstacles ne ressentant pas l'urgence de l'Alya durent dévaloriser le judaïsme pour sauver les Juifs. Un dialogue reprend depuis la guerre de Kippour. Des non religieux réfléchissent au sens juif de leur histoire et des religieux ont pris conscience de leur communauté de destin avec ces laïcs qui ont forgé l’Etat. Q : Si le judaïsme ne se définit pas par la religion, pour quel judaïsme êtes-vous? Manitou : Depuis l’Emancipation, il y a 3 types légitimes de juifs
- ceux qui se définissent par la participation à l’histoire du peuple
- ceux qui privilégient la religion
- ceux qui s’affirment juifs par leur relation à la Terre (sionistes athées).
De très nombreux Juifs, en diaspora, n’ont aucun rapport ni avec la Torah, ni avec la terre, ni avec le peuple d’Israël ; c'est ce qui pousse un Rabbin comme moi à dire que l’urgence c'est davantage l’identité du peuple sur sa Terre (à l’abri de laquelle la Torah peut être authentique, notamment mieux à l'abri des mariages mixtes) que la Torah. Le judaïsme des milieux religieux peu sionistes de France se définit comme religion issue du peuple juif et coupée d’Israël, rappelant étrangement une forme clé de déviance du christianisme par rapport au judaïsme qui en est l'assise... . Pas de Thora sans l'Hébreu Q : Craignez-vous pour la diaspora, face à l’assimilation et aux conversions ? Manitou : Ces vagues d’assimilation apportent leur lot de tristesse et d'inquiétude. Le remède ne passe plus d'abord par la transmission des «valeurs juives» tant elles sont dans le domaine public, mais surtout par l’enseignement de l’hébreu et par l'attachement à Israël qui conduit inexorablement à l'Alyah.
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