Pourquoi Mahmoud Abbas a besoin de la présence de Tsahal en Judée et en Samarie Print E-mail
Written by Hillel Frisch   
par Hillel  Frisch, BESA Center Perspectives Paper No. 113, 1er
septembre 2010

http://www.objectif-info.com/index.php?id=1469    

Titre  original : When the West Bankers Arrive in Washington… (Quand
les  Palestiniens de Cisjordanie arrivent à Washington…)    

Traduction  : Objectif-info    

Résumé : Mahmoud Abbas n'est  pas venu à Washington pour réaliser des
progrès substantiels dans le  processus de paix. Il souhaite en fait
que les négociations donnent  l'impression que les choses bougent. Il
ne peut pas encore se permettre de  renoncer à la présence de l'armée
israélienne en Cisjordanie alors que la  menace d'une prise de contrôle
du Hamas demeure d'actualité. Si tous les  grands acteurs impliqués
dans ce processus convergent sur ce point, un  simulacre de négociation
de paix est capital pour rassurer le monde arabe.    

A son arrivée à Washington, Abbas et sa  délégation seront
exclusivement préoccupés par trois questions: la poursuite  du gel des
constructions dans les implantations, l'assurance que l'aide qui  
couvre 70 % du budget de l'Autorité palestinienne continuera d'arriver
dans  ses coffres, et qu'il y aura assez "d'agitation" au cours du  
processus de paix pour apaiser "la rue arabe." Un progrès significatif  
vers la paix n'est tout simplement pas une aspiration des Palestiniens
de  Cisjordanie, ou excède leurs capacités. Assez curieusement, ces
prévisions  basses sont acceptées par les pays qui ont affaire à ces
Palestiniens, les  États-Unis, l'Égypte (et c'est beaucoup moins
important, les autres états  arabes modérés) ainsi naturellement
qu'Israël. La mise en scène en fanfare de  Washington est calculée pour
maquiller le défaut de substance de l'évènement.     

Les avancées qu'escomptent Abbas et les  Palestiniens de Cisjordanie
des négociations de paix sont en deçà de ce  qu'ils peuvent obtenir. La
véritable cause de leur réticence à réaliser des  progrès depuis 2007
est liée au risque que le Hamas constitue pour le groupe  dirigeant de
Cisjordanie. Bien que le nombre d'arrestations d'habitants de  
Cisjordanie par des forces israéliennes ait décru de 8.000 en 2006 à
5.000 en  2009, leur volume montre que le Hamas, dans une moindre
mesure le Jihad  islamique, sont toujours une menace considérable pour
Abbas, et que le risque  d'une prise de contrôle du Hamas en Judée et
en Samarie n'est pas encore  conjuré.    

Pour traiter cette menace, il faut une  bonne coopération sécuritaire
entre Abbas et les forces israéliennes, un  dispositif où Israël
s'occupe de l'infrastructure terroriste du Hamas la nuit,  tandis que
les forces de sécurité d'Abbas poursuivent le jour les terroristes  
relâchés par Israël et assurent le démantèlement de l'infrastructure
sociale  que le Hamas a méticuleusement tissée des années durant.    

Abbas utilise essentiellement l'armée  israélienne pour se constituer
le socle politique et la base policière que  les dirigeants arabes
considèrent comme essentiels à leur art de gouverner.  Il assume
également le rôle des chefs arabes traditionnels, contrôlant tous  les
financements, évitant de tenir des élections (qui ne seront convoquées  
que si les résultats sont courus d'avance), réduisant le régime des
partis à  un instrument de l'exécutif, ne tolérant aucune opposition,
et s'assurant que  sa photo apparaisse quotidiennement en première page
dans les médias. C'est  ainsi qu'un dirigeant se qualifie pour intégrer
le club un peu particulier  des chefs arabes.    

La coopération sécuritaire peut  difficilement s'établir sur cette
division des tâches si l'on parvient à un  accord de paix, quel qu'il
soit. Dans ce cas, la présence israélienne en  matière de sécurité en
Judée et en Samarie, une donnée de la vie quotidienne  de la
Cisjordanie depuis l'opération Bouclier de Défense d'avril 2002,  
devrait cesser. Ce qui laisserait les forces de sécurité d'Abbas seules
face  au Hamas. C'est pour cela qu'Abbas préfère différer les progrès
des  négociations de paix jusqu'à ce que le drainage du marécage
terroriste soit  plus avancé. Les choses vont dans le bon sens mais ce
n'est pas encore  suffisant pour permettre des progrès du processus de
paix qui rendraient les  incursions israéliennes de sécurité
politiquement impossibles.    

Tous les acteurs politiques importants avec  qui Abbas doit traiter,
les USA, l'Égypte, l'Arabie Saoudite, la Jordanie, et  naturellement
Israël, s'accordent sur ce point. Chaque avancée d'Al-Qaïda en  
Somalie, chaque attaque islamiste en Irak, au Yémen, et même dans un
pays  aussi éloigné que le Maroc, chaque provocation du Hezbollah
contre le  gouvernement Hariri au Liban, souvent liée à l'Iran, sans
parler du  terrorisme dans le Sinaï qui ne peut provenir que du Hamas,
renforce l'idée  qu'une prise de contrôle de ce dernier en Cisjordanie
doit être évitée à tout  prix. Cela signifie en conséquence qu'il est
impossible de faire des progrès  effectifs dans les négociations de
paix avant que ce risque ne soit écarté.    

En même temps, les menaces iranienne et  islamiste contre l'alliance
"occidentale" exigent, du point de vue  de ces acteurs politiques (mais
pas d'Israël), de donner une impression de  mouvement dans les
négociations entre Abbas et Netanyahou. C'est nécessaire  pour apaiser
"la rue arabe", pour l'empêcher de menacer les  gouvernements modérés
ou d'alimenter les rangs des radicaux, et pour créer  l'environnement
politique voulu permettant aux États-Unis et à Israël de  s'occuper de
la menace nucléaire iranienne bien plus imminente.    

Israël ne doit pas se détourner de ses  intérêts nationaux au nom de
la "rue arabe". Les états Arabes, y  compris le Yémen et même les
principales forces politiques d'Irak, combattront  jusqu'à la mort pour
conserver les privilèges du pouvoir. Il faut souligner  comment les
états arabes du Golfe s'y sont pris pour traiter avec succès les  
retombées du terrorisme en Irak. Ils savent maintenir leur emprise sur
la rue  arabe quelle que soit l'impression d'avancée que les
négociations entre  Israël et l'Autorité palestinienne sont
susceptibles de transmettre. En tout  état de cause on ne peut pas
duper la rue arabe avec des impressions.    

De même, Israël lui aussi ne doit pas vivre  dans ses propres
illusions. S'il est vrai que le renforcement du système des  états
arabes est un rempart contre les menaces iranienne et islamiste,  
Israël doit contester l'idée que ce renforcement présuppose la création
d'un  état palestinien. Quel que soit le niveau d'expertise qu'Abbas
puisse  atteindre dans le gouvernement de la Cisjordanie, il sera
incapable  d'introduire les Gazaouis dans le processus de paix. Si
jamais un traité de  paix était signé entre Israël et Abbas, nous avons
la certitude que le Hamas lancera  des Qassam pour qu'indubitablement
le conflit ne paraisse pas avoir pris fin.     

Hillel  Frisch est professeur associé en Science politique à
l'université Bar-Ilan et  chercheur associé au Centre d'études
stratégiques Begin-Sadate (BESA).
 
 
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