La Révolution de la Chienlit Print E-mail
Written by Emmanuel Navon   

 

Pendant que les étudiants français et les intellectuels jouaient à Robespierre et Mao dans les rues de Paris au printemps de 1968, Charles de Gaulle sortit une formule typique de sa créativité linguistique : « La réforme oui, la chienlit non ». Les journalistes et les commentateurs durent chercher “chienlit” dans le dictionnaire car personne n’avait jamais entendu ce mot. Chienlit était utilisé en vieux français et cela signifie « masque de carnaval ». Que pouvait bien signifier le Général ? Un jeu de mot bien sûr : divisez le mot par traits d’union (« chie-en-lit ») et vous obtenez « merde-en-lit ». Hum.

Israël a été totalement déconnecté de “Mai 68”. La France était au sommet de sa puissance et l’autorité de De Gaulle était sans partage. La philosophie existentialiste de Jean-Paul Sartre offrait l’antidote parfait à une jeunesse qui s’ennuyait. La jeune génération d’Israël, au contraire, venait de sortir victorieuse de la Guerre des Six Jours. Combattant pour leur survie, et impliqués dans la construction d’un nouveau pays, les jeunes israéliens n’avaient pas le temps de préparer des révolutions à la terrasse d’un café.

A part les “Black Panthers” des années 1970, Israël n’a jamais connu de révolte organisée par la jeunesse. Etant élevés dans une société conformiste avec un discours public uniforme, et recevant l’enseignement du respect de l’autorité à l’armée, les Israéliens n’ont jamais été réputés pour leur zèle révolutionnaire. Ajoutez à cela le défi de gagner sa vie dans une économie socialiste et le stress d’être en état de guerre permanent, et vous comprendrez pourquoi Israël n’a jamais connu l’équivalent de mai 1968.

Aussi le fait que les Israéliens descendent enfin dans les rues est vraiment une bonne nouvelle : il démontre qu’Israël est devenu si riche et sûr que les gens peuvent s’offrir le temps et le luxe de parler de changer le monde avec des narguilés et des guitares. Comme les Français qui n’avaient jamais connu de période aussi faste qu’à la fin des années 1960, nous aussi avons notre « révolution de la chienlit » (« chiant, au passage, signifie « ennuyeux » en français).

Ce n’est pas pour dire, bien sûr, qu’il n’y a pas de dureté économique en Israël. Il existe de la pauvreté et de la privation. Mais ce sont les oligopoles envahissantes d’Israël et le système fiscal injuste qui rendent impossible aux classes moyennes de joindre les deux bouts, sans parler d’épargner de l’argent. L’immobilier est inaccessible parce qu’il n’y a pas d’offre ; et il n’y a pas d’offre parce que l’Administration de la Terre d’Israël abuse de son monopole.

Personne n’en a fait plus que Benyamin Netanyahou pour briser les monopoles et faire baisser les taxes, aussi les protestataires mènent le combat contre la mauvaise personne.

Comme les grèves de mai 1968, la contestation sociale actuelle en Israël n’est pas dirigée par le mouvement syndical. Pendant mai 1968, le principal syndicat de travailleurs, la CGT, a tenté de contenir le militantisme spontané en le canalisant dans une lutte pour de meilleurs salaires et d’autres avantages économiques. Même le Parti Communiste resta à l’écart, et Jean-Paul Sartre accusa les Communistes de « craindre la révolution ». Ce que les émeutiers voulaient vraiment, c’était chasser de Gaulle. Bien que la direction des syndicats eût négocié une augmentation de 35 % du salaire minimum, une augmentation de 7 % pour les autres travailleurs, et le paiement de la moitié du salaire pour les jours de grève, les travailleurs occupant leurs usines refusaient de retourner à leur travail. Ils exigeaient de nouvelles élections.

De la même façon, les principaux organisateurs de la protestation aujourd’hui  en Israël sont plus désireux de chasser Netanyahou que d’améliorer le sort des familles en lutte. Voilà pourquoi le mouvement ‘Im Tirtzu’ s’est retiré de la contestation : il a réalisé que les protestataires recherchaient le combat, et pas des solutions.

En fin de compte, mai 68 fut un flop. De Gaulle provoqua des élections anticipées et son parti emporta la plus grande victoire de l’histoire parlementaire française. Après le carnaval, il était temps de retourner au lit – dans des draps propres.

Emmanuel Navon, August 2, 2011

 

Adaptation française de Sentinelle 5771 ©
 
 
Info Hebdo



Watch the Manhigut video here

Listen to the show
Back to top
2004 Manhigut Yehudit. All rights reserved. Terms of Use. Site Credits.