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Dans les années 1990, j'habitais un quartier chic de Tel Aviv, Ramat Aviv Guimel. C'est un quartier des plus côtés de cette cité. Tout y est luxueux, les immeubles avec garde, les alentours et jardins sont tout le temps entretenus, on pourrait presque manger par terre. Et c'est normal puisqu'on paie très cher le droit de résider dans ce quartier. Il y a presque tout le gratin de la politique, la majorité de ces politiciens est de gauche. Non mais, vous ne croyez pas qu'ils vont habiter Jérusalem, la capitale, qui est une ville relativement pauvre et où les sources d'amusement ne sont pas assez volages. J'avoue que je ne faisais pas grand-chose de mes journées et que m'enfermer dans une salle de sport m'exaspérait. Je prenais du poids, le souffle commençait à me manquer. J'ai consulté un médecin, un grand patron, bien sûr, qui m'a conseillé de vivre au grand air là où la population ne se déplace pas le plus souvent en voiture. J'ai donc opté pour une ville qui s'appelle Sderot, petite, animée, calme, verdoyante surtout l'hiver. Avec l'argent qu'il me restait de la vente de mon appartement tel avivien, je me suis payé une villa. Et mes journées se passaient à parler avec les promeneurs. Je marchais beaucoup et ma santé s'améliorait.
Au cours des années 2000, des missiles tombaient en dehors de notre bourgade et ceci ne m'a pas gêné. Mais voilà que la situation a empiré et les missiles commençaient à faire mouche. J'ai dû faire comme les jeunes et courir très vite dans les abris pour me protéger lors de mes promenades. Et ce n'est pas tout car je devais aussi courir de chez moi à l'abri communautaire car la solitude me pesait et il faut dire aussi que je ne fais pas confiance à mon abri. Mon souffle s'est amélioré, ma respiration ne me fait plus défaut et je cours maintenant comme un jeune de 20 ans. Grâce à ce gouvernement, je n'ai plus de problèmes respiratoires, je ne fume plus et j'ai un régime alimentaire un peu plus calorique compte tenu des courses à pied qu'on est obligé de faire lorsqu'on entend les sirènes. J'arrive même à prendre dans mes bras un enfant qui ne court pas assez vite, chose que je n'arrivais pas à faire avant. Je remercie tous les gouvernements qui se sont succédé depuis les années 2000 et principalement celui de Sharon et encore plus celui d'Olmert qui a décidé de ne pouvoir rien faire contre tous les missiles que nous recevons quotidiennement. Je pense que le ministre des sports devrait venir à Sderot pour recruter les champions de course à pied. Je vous garantis qu'ils peuvent récolter des médailles, récolter les missiles n'est pas un sport international. Il peut sélectionner les coureurs dès l'âge de 10 ans, car avant il faut qu'ils tiennent la main de quelqu'un pour courir, jusqu'à 70 ans. Les femmes et les hommes ont à présent la même endurance. L'entraînement des habitants de Haïfa n'a duré que quelques mois. Chez nous, cela dure depuis des années et le chef de gouvernement nous promet de tout faire pour que nous restions en pleine forme. Nous avons une autre occupation entre les courses : nous partons à la recherche des éclats de missiles que la police et l'armée ont laissé traîné. Le jeu consiste à ramasser le maximum de kilos et à les emmagasiner dans un garage. Parfois des touristes nous en réclament et on les leur offre. Ma meilleure récolte est un missile explosé, presque entier. Enfin, je dois vous quitter et courir vers l'abri, à bientôt si D… le veut. Je ne suis qu'un égoïste car je ne parle que de ma santé. Ce n'est pas beau, vraiment pas beau.
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