Lech Lecha Imprimer E-mail
Ecrit par Rav Dovid Ostroff Chelita   

Chabbath Le'h Le'ha

5767

4 Novembre 2006

Volume V – Lettre 2

www.deborah-guitel.com

13 'Hechvan 5767

Où peut-on placer un aliment cuit pour le réchauffer ?

Nous avons vu dans les Lettres précédentes, qu'il était permis de réchauffer un aliment solide, entièrement cuit et non accompagné de liquide. Des aliments tels que des schnitsels (escalopes panées) , du kugel (gâteau de pâtes) ou du poulet cuit peuvent être placés dans un kli richon (1er récipient, qui est ou a été sur la source de chaleur) , qui ne soit pas sur la plata ou sur le blé'h (plata : plaque électrique dite "de Chabbath" à chaleur constante, blé'h : plaque en métal posée sur une cuisinière électrique ou à gaz). Il est même possible de placer des kneidelé'h (petites boulettes de farine de matsah) ou des pâtes dans une marmite de soupe qui ne soit plus sur le feu. Cette marmite ne pourra pas alors être reposée sur le blé'h ou la plata, car les kneidelé'h ou les pâtes iraient sur le feu pour la première fois, ce chabbath là, ce qui constitue une 'hazara beissour (un retour interdit) sur la source de chaleur. On peut, a fortiori, placer ces aliments dans un kli chéni (2ème récipient ou ustensile, dans lequel on verse le contenu du kli richon). 1 De plus, comme nous l'avons vu auparavant, les croquants ( קרמ ידקש) sont entièrement frits et peuvent donc agrémenter la soupe.

Peut-on agrémenter la soupe de matsah ou de pain ?

Nous connaissons la règle "ein bichoul a'har bichoul" (il n'y a pas de cuisson sur le feu après une cuisson sur le feu) , mais elle ne s'applique pas à des aliments cuits au four ou rôtis. Il y a une ma'hloketh Richonim (discussion entre les Sages de la 1ère moitié du second millénaire) importante, quant à savoir s'il est possible qu'il y ait une afiya (cuisson au four) ou une tseliya (rôtissage) après une cuisson sur le feu dans une marmite et inversement. 2

Quels sont les arguments avancés ?

Le Beth Yossef les présente de la façon suivante :

Le Yeréyim cite Rabbi Yossi dans le traité Pessa'him 41a de la Guemara, selon lequel, une matsah, passée au feu après avoir été cuite au four ne permet pas de s'acquitter correctement de la mitsvah de consommer de la matsah à Pessa'h. Nous voyons que cette seconde cuisson modifie le caractère de la matsah et par conséquent, il est assour (interdit) le Chabbath de faire cuire un aliment (même de façon permise) préalablement rôti ou cuit au four.

Le Raavia apporte en revanche un enseignement tiré du traité Bera'hoth 38b de la Guemara, qui présente un psak (décision) de Rabbi Yo'hanan selon lequel on récite la bera'ha (bénédiction) "boré péri haadama" (qui a créé les fruits de la terre) avant de consommer un légume cuit, ce qui prouve que son statut n'a pas changé. La différence entre ces 2 cas est que dans le cas de la matsah, le goût est une condition préalable à sa consommation et c’est parce qu’il s’est altéré, que la matsah devient impropre à l'accomplissement de la mitsvah comme le rapporte la Guemara, dans le traité Pessa'him et non pas en raison d'une nouvelle dimension qui s'y serait rajoutée du fait de la seconde cuisson.

Quelle est la hala'ha ?

Pour les Sefardim, il y a une ma'hloketh (discussion) sur l'interprétation de l'avis du Me'haber. Selon certains, 3 il ne permet de mettre un aliment cuit au four dans un potage que si ce dernier se trouve dans un kli chéni, tandis que pour d'autres, 4 ce serait également possible dans un kli richon qui ne soit pas sur le feu. Le Kaf Ha'Haïm 5 cite le Min'hath Cohen selon lequel, on a l'habitude d'être rigoureux et de ne pas mettre de croûtons de pain dans un kli richon mais uniquement dans un kli chéni.

Pour les Ashkénazim, le Rama 6 indique qu'il est habituel d'être rigoureux et de ne placer des aliments cuits au four que dans un kli chlichi (3ème récipient ou ustensile, dans lequel on verse le contenu du kli chéni) et pas même dans un kli chéni. Par conséquent, la matsah, le pain, les crackers et les croûtons de pain doivent donc être placés uniquement dans un kli chlichi et non dans un kli chéni. En conséquence, si on a versé le potage de la marmite directement dans une assiette, celle-ci constitue un kli chéni dans laquelle on ne pourra ni placer, ni tremper de matsah, de pain ou de croûtons. Par contre, l'utilisation d'une louche peut transformer cette assiette en un kli chlichi. 7 Cependant, si la louche reste trop longtemps dans la marmite, elle risque probablement de prendre le statut de la marmite en devenant un kli richon, ce qui conserve à l'assiette son statut de kli chéni.

Pour résumer: on peut placer des croquants (habituellement frits et non cuits au four) dans un kli chéni. On ne peut pas mettre des morceaux de matsah, de 'hallah ou des croûtons de pain dans une assiette de potage, car c'est un kli chéni. Si l'on utilise une louche pour servir la soupe dans l'assiette, celle-ci devient un kli chlichi dans laquelle on peut ajouter ces aliments.

Peut-on réintroduire une louche humide dans la marmite de soupe ?

Nous avons appris qu'un liquide est susceptible d'être réchauffé, ce qui est interdit s'il est complètement froid. En conséquence, une louche humide qui, laissée à l'extérieur de la marmite, s'est donc refroidie, ne peut pas être replongée dans la marmite de potage chaude ! En d'autres termes, resservir une deuxième portion de potage à quelqu'un, avec une même louche pose problème. La solution est de laisser la louche dans la marmite, ce qui règle la question puisque ainsi, elle ne se refroidira pas ou de la sécher avant de resservir la soupe. Cependant, si la louche 'contient' du potage qui s'est refroidi, on ne peut la replonger dans la marmite. Toutefois, si la louche est juste humide, de nombreux poskim (décisionnaires) permettent de la remettre dans la marmite sans la sécher au préalable.

Est-il possible de poser un aliment cuit sur une bouilloire ?

Le problème, dans ce cas est que l'aliment risque de sécher et 'brûler'. Pour le Michna Beroura 8 en effet, cela peut poser un problème et il est préférable de l'éviter. Cependant, le 'Hazon Ich 9 considère que le goût d'un aliment cuit ne risque pas de s'en trouver altéré (goût de 'grillé') et par conséquent permet de le réchauffer au-dessus d'une marmite. Selon le Rav Azriel Auerbach chlita, la tradition suit l'avis du 'Hazon Ich.

[1] Par exemple, si on verse la soupe directement de la marmite dans l'assiette, l'assiette est le kli chéni, mais son statut change si l'on utilise une louche, comme nous le verrons B"H.

[2] Siman 318:5

[3] Rama, Taz 7 Maguen Avraham 19 & Michna Beroura 43.

[4] Beer Haguola, Min'hath Cohen & Knesset Ha Guedola

[5] Siman 318:85

[6] Ibid

[7] Michna Beroura Siman 318:45

[8] Michna Beroura 41 & Maguen Avraham 17

[9] 'Hazon Ich Chapitre 37-14

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