|
Nous concluons cette année 5766 par la lecture des Parachiot Nitsavim-Vayélékh, qui contiennent les dernières malédictions de la Tora , afin que toutes les malédictions arrivent à leur terme comme l’année arrive elle-même à sa fin. C’est pour nous le moment de faire notre bilan personnel avant le grand Jugement de Rosh Hachana où l’avenir de chaque détail de la Création va être décidé pour toute l’année à venir. Pour nous aider à effectuer ce bilan avec sincérité, la Tora nous donne des conseils et des mises en garde que nous lisons dans notre paracha : « Qu’il n’y ait pas parmi vous homme ou femme, famille ou tribu dont le cœur se détournerait aujourd’hui de l’E-ternel Notre D. pour servir des d-ieux des Goyim ; qu’il n’ y ait pas chez vous de racine produisant poison et absinthe. En entendant les paroles de ce serment il se bénirait en son cœur en se disant : « la paix sera sur moi, même si je suis les impulsions de mon cœur » afin de rajouter l’ivresse à la soif. D. ne lui pardonnera pas ; la colère de D. et Sa Jalousie fulmineront contre cet homme… ».
De quelle paix s’agit-il et quelles sont les fautes qu’elle serait sensée couvrir ? Le Rav Munk ז"ל , nous introduit dans son commentaire Kol Ha Tora les versets du Prophète Jérémie (6 ; 13-15) : « C’est que du petit au grand, ils sont tous âpres au gain ; depuis le (faux) prophète jusqu’au prêtre, tous pratiquent le mensonge. Ils prétendent guérir le désastre de Mon Peuple avec des paroles futiles, en disant « Paix, Paix » alors qu’il n’y a point de paix ! Ils devraient avoir honte de leurs abominations, mais ils n’ont pas honte et ne rougissent pas. Alors ils tomberont avec ceux qui chutent à l’heure où Je les Châtierai ; ils trébucheront dit D. ». Rachi commente ainsi les mots « ils sont tous âpres au gain » : « Ils aiment l’argent ! ». Et sur les mots « tous pratiquent le mensonge » : « Il est facile pour ces prophètes du mensonge de dire « Vous aurez la Paix », car ils justifient ainsi l’argent qu’ils toucheront comme récompense de leurs mensonges» ! Le Radak commente ainsi les mots « Paix, Paix, alors qu’il n’y a point de paix »: «ils ont parlé de paix, mais il n’y a point de paix car voici l’ennemi qui s’approche chaque jour » ! Il n’est bien sûr pas nécessaire de chercher bien loin de nos jours de tels « faux prophètes » : toute la classe politique sans aucune exception a prophétisé de telles « fausses paix » qui nous ont amené au mauvais pas que nous traversons ! Plus près de notre vie quotidienne, il est aussi intéressant de lire l’analyse du Rav Issakhar Méïr de Nétivot (Sakhar Sakhir) : « Le Ramban explique « les impulsions de mon cœur » comme un langage de renforcement et de maintien ; Sforno explique « afin de rajouter l’ivresse à la soif » : « cela fait allusion à celui qui suit les pulsions de son cœur, afin de satisfaire tous ses désirs car il pense que la vie doit lui apporter tous les plaisirs en permanence même s’il s’agit de plaisirs permis ! (L’Admour Hazaken déclarait : ce qui est interdit est interdit et ce qui est permis est inutile) ! Car si une telle personne fait attention à ne pas transgresser d’interdits, elle abuse sans aucune retenue de toutes les choses permises : c’est « l’ivresse » ! Quant à celui qui se bât à chaque instant pour jouir du monde matériel est appelé « assoiffé ». Pour qu’il puisse être réceptif à la remontrance, il faudrait qu’il change de mode de vie, et qu’il transige sur « l’ivresse ». Il faudrait qu’il pense moins aux plaisirs du monde et qu’il investisse sa vie dans l’accomplissement des Mitsvot avec « Don de soi » ! Mais celui qui ne vit que pour assouvir sa soif de plaisirs ne veut pas renoncer à cette ivresse : il veut bien recevoir toutes les bénédictions avec l’ensemble du peuple Juif mais il élimine de son cœur toute trace de remontrance !...Rabbi Israël Salanter explique que celui qui tire profit des plaisirs de ce monde sans aucune retenue, sans que ce soit pour le Service de D., perd sa part au Monde Futur. Car il a déjà reçu sa récompense dans ce monde. Que doit faire celui qui demande à D. la vie dans ce monde-ci sans perdre sa part dans le Monde Futur ? Il doit demander à D. l’abondance dans ce monde afin de servir D. ! Cette richesse matérielle deviendra alors un instrument du Service de D. ; cela ressemble à un soldat qui se bat pour son roi ; il reçoit tout ce dont il a besoin sans qu’on le lui déduise de son salaire…Il y a 2 chemins que D. utilise pour donner à l’homme des biens matériels : le premier est celui qui s’applique à « des enfants de D. », c'est-à-dire que l’homme reçoit cette abondance avec Sainteté afin de s’en servir pour le Service de D. , faire du Bien aux Créatures et renforcer ceux qui étudient la Tora ; le second est celui du serviteur qui est soumis aux besoins naturels et qui doit donc recevoir une certaine richesse matérielle pour pouvoir continuer à vivre sa vie, il s’agit d’un niveau plus bas que le premier. Le danger dans la recherche des biens matériels est que si l’on voit que les portes se sont fermées pour recevoir cette richesse de façon permise, on soit prêt à les recevoir du côté de l’impureté ! C’est ce qu’explique le Baal Ha Tanya dans Iguéret Hatechouva : « Il arrive parfois que l’on donne à une personne peu méritante une bénédiction matérielle afin de mettre les autres à l’épreuve : vont-ils se mettre également à vouloir imiter le premier, quitte à commettre un interdit, vol, Ribit, ou léser les autres etc.. en allant vers « les impulsions de mon cœur »? Lorsqu’un homme demande « Inscris-nous pour la vie afin d’être avec Toi » ou « Donne-nous la richesse et l’honneur de nous occuper de Ta Tora », il doit être sincère et ne demander la richesse matérielle que pour la Tora sans se tromper soi même. Il arrivera alors à une Techouva entière avec une élévation dans la Tora et la Tsédaka , et avec un cœur entier. ». |