INTRANSIGEANCE DU CIEL ET REJET DU JUIF Imprimer E-mail
Ecrit par Bertrand RAMAS-MUHLBACH   

Depuis la destruction du second temple en 70 de l’ère chrétienne, les juifs ont fait l’objet de discrimination, de violences et d’un rejet quasi systématique dans les pays où ils sont venus s’établir.

Ce statut particulier qui leur a été réservé, est, pour partie, la conséquence d’un discours religieux chrétien et musulman qui a marginalisé et stigmatisé le juif en raison de son incrédulité.

En effet, si nul ne conteste la transmission divine des Tables de la loi au peuple d’Israël, les grandes religions monothéistes postérieures, ont reproché à ce dernier de n’avoir pas voulu admettre la phénoménologie religieuse dans ses prolongements prophétiques.

En quelque sorte, les juifs ont été sourds aux signes envoyés par le Ciel et ont persisté dans l’erreur en refusant d’admettre les vérités nouvelles révélées.

En réalité, et à décharge des grandes religions monothéistes, force est de reconnaître que dans la Thora, D-ieu s’est parfois adressé à son peuple dans un langage d’une dureté à la hauteur de son intransigeance.

Or, le mode de communication choisi a pu, faussement, laisser imaginer que le Ciel s’était trompé en accordant sa confiance au peuple d’Israël (I).

De la même manière, certains passages de la Thora ont pu, à tort, laisser entendre aux non juifs, que la condition des juifs en exil, était le résultat d’une punition divine (II)

I UNE CONFIANCE DIVINE SUPPOSEE TRAHIE PAR LES TRANSGRESSIONS DU PEUPLE D’ISRAEL

Les livres des Prophètes Isaïe, Jérémie et Ezechiel contiennent des mises en gardes virulentes adressées au Peuple d’Israël, considéré pécheur, et refusant d’obéir aux injonctions divines (A).

La dureté du ton a pu laisser imaginer une lassitude du Ciel à l’égard du peuple élu, laissant la place à des communications et orientations nouvelles (B).

A LA DURETE DES MISES EN GARDES ADRESSEES AU PEUPLE D ISRAEL DANS LES LIVRES DES PROPHETES

L’alliance conclue avec le Ciel supposait des juifs qu’ils lui soient loyaux et respectent les décrets divins.

Or cela n’a pas toujours été le cas au point de déclancher la colère du Créateur.

C’est ce qui ressort des reproches accompagnés de sévères mises en garde voire des menaces de sanctions terrifiantes que l’on retrouve dans les Livres des Prophètes Isaïe, Jérémie et Ezechiel.

Les 39 premiers chapitres du livre d’Isaïe sont des oracles d’affliction pour Juda qui condamnent les défaillances du peuple (1,4 ;10,1-3), appellent à la repentance et à une correction du comportement (1,18-20) qui ne sont pas pour autant entendu.

Or, la violence du style employé, peut laisser entendre une rupture de l’alliance entre D et son peuple. En effet, le Créateur s’adresse à son peuple en ces termes : « Mes enfants se sont insurgés contre moi 1.2 », « Mon peuple n’a pas de discernement 1.3 », « c’est une nations pécheresse chargée d’iniquité 1.4 », « une Race de malfaiteurs et d’enfants dégénérés 1.4 ».

De la même manière, la déception conduit D-ieu à interroger sur un ton menaçant : « Faudra t il vous frapper encore 1.5 », ou encore « Vous qui vous présentez à moi, qui vous a demandé de fouler mes parvis 1.12 », voire « comment est elle devenue une prostituée la cité fidèle 1.21 » ?

De plus, D-ieu profondément blessé par les égarements de son peuple, ne manque pas de l’informer que ses sacrifices importent peu (1.11), qu’il a son encens en horreur (1.13), qu’il reste sourd à ses prières (1.14) et las de les tolérer (1.14) avant de dresser un constat d’échec consternant: « Les mains du peuple sont pleines de sang (1.15) », alors qu’« Il attendait la justice,... ce n’est que désordre (5.7) »

C’est dans ces conditions qu’il a inviter son peuple à modifier le comportement : « purifiez vous 1.16 », « apprenez a bien agir cherchez la justice 1.17 »,

En tout état de cause, les mesures énergiques annoncées ne laissent aucun doute sur la détermination : « les traîtres à l’éternel périront 1.28 », « une fois que le seigneur aura lavé les souillures des filles de Sion et nettoyé Jérusalem du sang qui la tache en y faisant passé un vent de destruction 4.4 », « Malheur à eux ils se sont préparé eux même la ruine 3.9 », « Le seigneur dépouillera la tête des filles de Sion et mettra à nu leur honte3.17 ». « Préparez le champ de carnage pour ses fils à cause des iniquités de leur père 14.21 », « Oui je me lèverai contre eux je détruirai le nom et la trace tout descendant toute postérité 14.22 ».

Et quoiqu’il arrive, la sanction est inéluctable car « Ce que j’ai résolu arrivera et ce que j’ai décrété s’accomplira 14.24 »

L’intransigeance du Ciel se retrouve également dans les versets du Livre d’Ezechiel (3.22-4,27) relatifs aux prophéties dirigées contre Juda et Jérusalem avant la destruction du Temple ou dans ceux du Livre de Jérémie consistant dans des prophéties brèves dirigées contre les rois de Juda et les faux prophètes (21,1-25,38).

Le ton des mises en garde n’en reste pas moins problématique à plusieurs titres :

- tout d’abord, il est de nature à susciter la jalousie des nations qui ne sont pas concernée par le message : de quel statut disposent les juifs pour bénéficier d’une communication directe, aussi intime avec le Ciel ?

- Par ailleurs, si la violence du ton est de nature à susciter la crainte, elle témoigne de l’intensité de l’amour divin blessé auquel les autres nations du monde son parfaitement étrangères.

- Enfin, le propos peut-être interprété par les non juifs comme un rejet divin du peuple juif tout en donnant un exemple sur la manière de s’adresser à eux.

En tout état de cause, compte tenu de l’universalité du message divin et sa vocation à profiter à tous les peuples de la terre, les courants spirituels nouveaux ont pu considérer une rupture de l’alliance dans l’attente, tout comme l’annonçait Isaïe, de l’avènement du « jour du Seigneur » (2,6-22).

B LA PLACE AUX DOCTRINES RELIGIEUSES NOUVELLES

D s’est révélé au peuple d’Israël mais n’a pas entendu figer sa relation avec lui ni exclure l’ensemble des nations de la terre de l’universalisme du message.

Lors de l’alliance avec Abraham, D a annoncé que le bénéfice de ses œuvres profiterait à l’ensemble des nations de la terre : « en toi et ta descendance seront bénies toutes les familles du sol » (Gn 28,14).

Or, si les Tables du Décalogue ont vocation à s’appliquer à l’ensemble des nations humaines, il était naturel que les autres peuples de la terre ne s’immiscent pas dans la relation spécifique entre D et le Peuple d’Israël mais qu’ils bénéficient d’un mode de communication propre.

Le Christianisme a pu naître avec la conviction que Jésus de Nazareth avait réalisé les prédictions prophétiques de la Bible en tant que Messie.

Les valeurs de cette religion rendaient néanmoins problématique la survivance des juifs en tant qu’entité religieuse séparée puisqu’elle remettait en question la vérité du Christianisme et de l’Eglise en tant que « vrai Israël » et le principe du Fils envoyé pour prendre les péchés du monde.

Dans la lettre au Hébreux, il est rappelé que D-ieu s’est révélé en la personne de son fils Jésus (1.1-3) qui est supérieur aux prophètes (1.1-3), aux anges (1.4-2), à Moïse et Josué (3.1-4), aux grands prêtres de l’ancienne Alliance (4.14-7.28).

Par ailleurs, son sacrifice est considéré comme bien supérieur aux nombreux sacrifices de l’ancien Israël (8.1-10.18), justifiant une persévérance dans la foi (10.19-39) et une invitation à garder le regard fixé sur Jésus (12.1-11).

De cette orientation nouvelle du message religieux, les juifs incrédules, accusés du crime de « déicide », ont pu être, au cours des siècles, victime de persécutions, discriminations, tentatives de conversions, expulsions ou massacres.

...

De la même manière, dans le Coran, Mahomet est le dernier des prophètes choisis par le Ciel pour transmettre la version définitive de son message éternel. Néanmoins, le Prophète n’a pas été reconnu par les juifs à qui il est reproché d’avoir enlevé de la Bible les prédictions de son avènement.

En effet, les juifs ont certes, été préférés aux autres peuples (sourate 45, verset 16) et été choisis parmi tous les peuples de l’univers (sourate 44, verset 32-33), ils n’en ont pas moins falsifié leurs écritures (sourate 2, verset 75) et supprimé de la Thora l’annonce future de la venue de Muhammad (sourate 48, verste 29).

Or, de la même manière, il était logique que les populations descendantes d’Ismaël puissent nouer une relation spécifique avec le Ciel, recevoir des communications adaptées et un corps de dispositions structurant le message religieux....

L’inconvénient dans les religions tient à la conviction que le message (universel) reçu, supplante celui qui l’a précédé.

Aussi, les fondamentalistes de toutes religions s’attachent-ils plus à la chronologie et l’historicité des événements qu’aux valeurs morales contenues dans les textes sacrés.

C’est donc bien vers une reconnaissance de l’autonomie des messages religieux qu’il conviendrait de se diriger.

C’est la même conclusion qui ressort de l’analyse des mises en gardes divines dans la Thora.

II LA SEVERITE DE CERTAINES MISES EN GARDE DIVINE DANS LA THORA

Lorsqu’une personne transgresse la loi divine, le Ciel est toujours (conformément à l’un de ses treize attributs divins) en mesure de pardonner (Exode 34, 6-7).

Ce pardon a d’ailleurs été obtenu dans le cas ultime où les israélites ont adoré le veau d’or en dépit de la colère divine provoquée (Exode 32,11-14).

Il n’en demeure pas moins que certaines mises en garde adressées au peuple juif, l’ont été dans un style d’une violence digne d’un amour trahi, conférant aux transgressions un caractère rédhibitoire sans possibilité de pardon.

Il s’agit essentiellement des versets placés sous Lévitique 26, 14-41, et Deutéronome 28, 15-69 (A).

Les malheurs survenus au peuple juif ont pu être interprétés (à tort) par les non juifs comme la sanction définitive d’un peuple infidèle (B).

A LE CARACTERE REDHIBITOIRE DES MISE EN GARDE SOUS Lévitique 26, 14-41, et Deutéronome 28, 15-69

Les mises en garde adressées au peuple d’Israël sous Lévitique 26, 14-41, et Deutéronome 28, 15-69 ont vocation à inspirer la crainte et laissent entendre une rupture de l’alliance en cas de transgression ultime.

Ces textes concernent les sanctions en cas d’inexécution des commandements notamment si le peuple d’Israël dédaigne la loi et repousse les institutions.

Les peines encourues par ces textes sont terrifiantes et vont bien au delà d’une simple pénitence :

Dans Lévitique 26, 14-46, ce peut-être un fléau qui fait languir les yeux et défaillir l’âme, l’ensemencement en vain, la défaite face à l’ennemi, la domination des juifs par ceux qui les haïssent, l’épuisement au travail sans que la terre ne donne de fruit, l’envoi de bêtes qui décimeront les enfants, le bétail et les juifs eux même, ou encore l’envoi de nouvelles plaies...

Si d’ailleurs ces sanctions ne sont pas suivies d’une correction du comportement du peuple d’Israël, les sanctions sont encore aggravées par l’envoi de la peste, la soumission à l’ennemi, voir la consommation par les parents de la chair de leurs fils et filles, la destruction des hauts lieux, le jet de leur cadavre sur le cadavre de leurs impures idoles, la destruction du pays au point de stupéfier les ennemis...

Les juifs frappés par le joug divins peuvent aller jusqu’à perdre le sens des réalités et fuir le bruit de la feuille qui tombe, comme on fuit une épée « sans pour autant être poursuivi ». De même, ils peuvent être frappés par la perte du pays ou voir les ennemis les dévorer.

Dans le Deutéronome 28, 15-69, à ces sanctions (présentés de manière légèrement différente), il est ajouté que le peuple israélite sera maudit et qu’il périra pour avoir abandonné le Seigneur. Il serra livré vaincu aux ennemis et deviendra un objet de terreur pour toutes les nations de la terre.

Il sera frappé de maladie dont il ne pourra guérir, de démence, de stupeur des sens. Ses animaux seront abattus par les ennemis sans qu’il ne puisse en manger, les fils et filles livrés à un peuple étranger. De même, il sera envoyé dans un pays ennemi où il servira des dieux de bois et de pierre.

Il est également prévu qu’il devienne la stupeur, la fable, la risée de toutes les nations et que ses enfants iront en captivité. De plus, il est indiqué que l’étranger s’élèvera alors que lui descendra.

La vigne ne donnera pas de vin ni l’olivier d’huiles et toutes les malédictions le frapperont jusqu’à ce qu’il périsse.

Pour sa part, le Seigneur ne sera pas ému de la condition nouvelle de son peuple car « Autant le seigneur s’était réjoui de vous combler de bienfaits autant il se réjouira de vous faire périr et de vous exterminer et vous serez déracinés de cette terre dont tu vas prendre possession. » (Deutéronome 28, 63)

Parmi les sanctions, il est également prévu la dispersion d’un bout du monde à l’autre et la survie du peuple en petit nombre au lieu de demeurer aussi nombreux que les étoiles dans le Ciel...

La dureté du propos a pu conduite les religieux des religions monothéistes postérieures à penser que le statut des juifs en exil était la conséquences d’une sanction divine définitive.

B L’INTERPRETATION RIGORISTE DE CES TEXTES PAR LES AUTRES RELIGIONS MONOTHEISTES

L’universalité du message divin exclut que certaines nations en soi privées.

Néanmoins, le respect et la tolérance religieuse, devraient permettre à chacun de trouver dans son texte sacré, une explication propre du phénomène transcendantal en fonction de la famille religieuse à laquelle il appartient sans remise en question du message qui l’a précédé.

Il n’en est rien.

Les grandes religions monothéistes postérieures au judaïsme ont toujours entendu le texte hébraïque comme annonçant des évènements futurs et la venue d’autres prophètes, avec une chronologie opposable au peuple d’Israël.

Aussi, la situation des juifs en exil a-t-elle pu être interprétée par les extrémistes des religions monothéistes comme la rupture de l’alliance passée, conséquence de transgressions impardonnables tel un châtiment implacable infligé par la Providence divine à Israël.

En effet, les textes sous Lévitique (26, 14-41), et Deutéronome (28, 15-69) ont donné des informations précises sur la situation des juifs en cas de manquement à la loi divine tels : l’exil, la domination des juifs par les peuples ennemis, les souffrances endurées, le fait pour le peuple juif de devenir la risée du monde...

De même, les évènements survenus pendant la période de l’Allemagne nazie semblent directement inspirés de ces textes : l’envoi d’une nation lointaine et hostile qui « s’abat comme l’aigle » (Dt 28,49) et n’a point d’égard pour le vieillard ni de pitié pour l’adolescent (Dt 28,50), l’obligation de servir ses ennemis jusqu’à l’extermination (Dt 28,48), des survivants qui se consument (par leur faute) (Lv 26,39) et se voient réservés un traitement hostile au pays de leurs ennemis (Lv 26,25)...

En réalité, il n’a jamais été envisagé un caractère définitif de la sanction et dans les derniers versets de ce chapitre (Lévitique 26, 42-46) il est expressément envisagé l’attitude de D-ieu en cas de repentance du peuple d’Israël.

En pareille hypothèse, il est rappelé que le Seigneur se souviendra de son alliance avec Abraham, de ses engagements à l’égard de la terre promise et qu’il n’anéantira pas le peuple d’Israël ni ne dissoudra le pacte passé en leur faveur des aïeux.

Dès lors, la réconciliation entre les peuples suppose de parvenir à un consensus à travers le message Biblique et, tout comme le suggère Isaïe, d’attendre le moment où un peuple ne tirera plus l’épée contre un autre peuple et on n’apprendra plus l’art des combats (Isaïe 2,3-4).

Alors, et tout comme l’annonce Isaïe, un avenir glorieux englobera l’ensemble des nations où juifs et non juifs honoreront et serviront D-ieu (56,3-8 ;66,18-23).

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