|
Mise au point Chers amis, en diffusant le message du 18/06/06 d’Emmanuel CHEMLA qui accusait assez sévèrement le Rav AVINER, je souhaitais provoquer des réactions parmi les chroniqueurs, en particulier parmi les israéliens.
C’est chose faite. Ce n’est pas pour semer la discorde, ou entretenir une polémique stérile, qu’il faut approfondir ce débat, parmi les Juifs hostiles aux accords d’Oslo. Leurs funestes conséquences nous empoisonnent jusqu’à présent. L’hostilité à Oslo, c’est le facteur minimum, commun à tous les membres du Camp National Juif. On trouve même désormais, des personnalités de gauche qui regrettent cette erreur.
Toutefois, la présente polémique concerne un sous ensemble du Camp National Juif, celui des Juifs nationalistes religieux. Lors d’une brillante intervention à l’Université Bar Ilan, dont un extrait a été repris sur le site Akadem, Ilan GREILSHAMMER remarquait, non sans raison, qu’il existe des Juifs religieux nationalistes, non sionistes. Il pensait aux Loubavitchs du mouvement Habad. Mais, beaucoup de Juifs religieux, qui n’en font pas partie, partagent une position identique par rapport à Israël. En effet, la revendication juive de la terre d’Israël est une mitsva centrale de la Torah. Certains «religieux» expriment donc cette revendication, sans tenir compte, ou sans référer, à l’actuelle existence d’un gouvernement «juif» en Israël. C’est sur ce point, que porte la polémique. La question est complexe et fondamentale. Ce serait une négligence coupable de l’éluder. Il appartiendra aux érudits de citer les références précises. Parmi les nationalistes religieux, chacun des courants privilégie certaines interprétations des textes de la Torah écrite et orale. Tant que les interprétations ne concernent que des aspects annexes, la coexistence est pacifique. Mais il existe aussi des divergences graves d’interprétation, sur des points cruciaux. Lors de l’émergence du Sionisme politique, le retour collectif des Juifs sur la terre d’Israël, a lui-même été contesté, par la majorité des décisionnaires religieux ashkénazes. Nous pouvons légitiment accuser l’aveuglement de ces responsables religieux du début du 20ème siècle. Ils ont incité les Juifs à rester parmi les goyim qui allaient perpétrer la Shoa, plutôt que de participer au retour à Sion. Sous prétexte que les sionistes refusaient les ridicules déguisements que certains portent encore aujourd’hui. Cette dernière phrase n’est bien sûr, qu’une boutade, mais elle est lourde de sens. Certains ne distinguent pas le détail de l’essentiel, et ils sont encore moins capables de choisir. Dans une certaine mesure, nous retrouvons ce comportement chez certains sionistes religieux d’aujourd’hui. Aujourd’hui, seule la secte nuisible des Netourei Karta, et quelques hurluberlus du même acabit, refusent l’état d’Israël sous des prétextes religieux. Mais de façon insidieuse, jusqu’à présent en exil, des Juifs religieux sont non sionistes. Certains refusent de voir les signes évidents de la Guéoula, et de ce fait, ces responsables religieux refusent d’encourager les Juifs d’exil à monter au pays. Les signes évidents dont parle la Torah sont, la multiplication des yeshivot dans le pays, et surtout, le développement des forêts, et de la production agricole. Bien sûr, tout le monde connait le Rav KOOK et les guédolim qui le suivirent. Ils influencèrent surtout le Judaïsme ashkénaze. Contrairement au monde ashkénaze, il n’y a pas eu de contestation ontologique du Sionisme dans le judaïsme sépharade. Les séfarades acceptèrent naturellement le Sionisme, même si tous ne sont pas encore montés au Pays. Bien entendu, nous n’avons parlé ici, que des positions intellectuelles, indépendantes de toutes les lourdes contingences de la vie concrète. Le débat qui nous concerne ici, est lié à ces contingences. La question qui se pose c’est, dans quelle mesure ces contingences doivent elles peser sur les décisions de principe. Si ces contraintes n’existaient pas, tous les Juifs religieux seraient d’accord pour occuper et peupler, toute la terre d’Israël, en particulier, les sites de Samarie et de Judée, cités dans le Houmach. Commençons par insister sur le bon sens et l’honnêteté élémentaire. Affirmer que toute la terre d’Israël est aux Juifs, sans rien faire pour l’habiter et la défendre, ce n’est pas sérieux. Mais d’un autre côté, vivre en Israël, participer à la défense du pays, tout en renonçant volontairement, à en revendiquer la totalité, c’est aussi une attitude imbécile. Par contre, sont exclus de ce débat, les Juifs qui ne vivent pas sur la Terre d’Israël, et qui en plus, sont d’accord pour en donner des morceaux aux ennemis. Précisons bien, qu’il ne s’agit pas d’un anathème, mais seulement que ceux là, ne sont pas invités à ce débat précis. Revenons donc à notre polémique. On peut dire qu’il y a eu un avant, et un après Goush Katif. Certains ont accusé Menahem BEGIN z’l, d’avoir rendu le Sinaï aux Egyptiens. On pourra gloser jusqu’à la fin des temps, sur l’opportunité de ce geste, mais le Sinaï n’a jamais fait partie intégrante d’Erets Israël, du moins la partie de terre où devaient s’établir les Juifs. Certains continuent de critiquer, ce qu’ils appellent, la fuite du Liban. Dans ce cas aussi, il ne s’agit que de stratégie. La question a changé de nature avec le Goush Katif. On ne refera pas l’histoire. Pourquoi l’état d’Israël a maintenu sa présence et son autorité dans la bande de Gaza à la fin de la guerre des Six Jours, ça n’a plus d’importance. Mais de ce fait, des Juifs étaient fondés de s’y installer et de considérer qu’il s’agissait d’une partie d’Erets Israël. Evidemment, moins de dix mille Juifs, isolés sur un territoire, peuplé de huit ou neuf cent mille ennemis, la disproportion est flagrante. Mais, plus que les réels problèmes posés par la sécurité de ce yishouv, c’est les prétextes invoqués par le gouvernement israélien pour le détruire, qui continuent d’alimenter la polémique. Pire, la destruction du yishouv juif du Goush Katif, constitue un tragique précédent dans l’histoire du pays. L’actuel Premier Ministre entend bien s’y référer, pour détruire les yishouvim de Yéhouda et Shomrone, et certains parlent même, d’abandonner Jérusalem, hass vé shalom. Si l’ancien premier ministre israélien a pu détruire le Goush Katif, c’est parce que le peuple juif dans son ensemble, le lui a permis. Peu importe comment. S’il s’était trouvé une majorité de Juifs hostiles et résolus, contre cette destruction, le premier ministre n’aurait rien pu faire. Or, quand elle n’existe pas, une majorité ça se crée. Et malheureusement, il n’existe toujours pas maintenant, de majorité pour empêcher l’abandon de Yéhouda, Shomrone et Jérusalem. C’est sur la méthode, pour créer cette majorité d’opinions juives contre l’abandon du pays, que porte la polémique présente. Quand Ariel SHARON a annoncé le démantèlement du Goush Katif, le Camp National Juif s’est unanimement dressé. Mais hélas, dès le début, de profondes divergences apparurent sur la manière de s’opposer au premier ministre. Nous ne parlerons pas des vils opportunistes qui suivirent SHARON par intérêt personnel. Nous parlerons des hésitations qui ruinèrent les espoirs des opposants sincères. D’abord, aucun des prétextes invoqués par le gouvernement israélien, pour abandonner des pans entier du pays à nos ennemis sanguinaires, n’est solide. La question de la reconnaissance internationale des frontières d’Israël n’a jamais été sérieusement abordée sur le fond. Au vue du droit international, la question reste complètement ouverte. Les lignes d’armistices de 1948 n’ont jamais constituées des frontières officielles. Plus sérieusement, la question démographique n’a pas davantage de réponse dans les lignes d’armistice d’avant 1967, que dans celles d’après. La seule différence n’étant que, le temps de gestation de deux ou trois générations d’occupants arabo-musulmans. On défie quiconque de démontrer le contraire. Bien sûr, si dès juin 1967, des millions de Juifs avaient afflués d’exil pour peupler tout le pays, cette pression démographique défavorable serait beaucoup moins forte. Mais elle existerait quand même. Quant aux pressions internationales, elles ont toujours existées et elles continueront. Sauf que jamais sans doute, le contexte international n’a été aussi favorable à Israël. En effet, les arabes ont perdu le soutien inconditionnel de l’ex URSS, aux USA, la majorité voit en l’état d’Israël les prémices du Messie, quant à la vieille Europe elle peut toujours jacasser, ça ne dérange personne, elle est assez occupée à faciliter l’invasion islamiste chez elle. C’est dans ce contexte, qu’une clique de dégénérés israéliens, fanatiques du multiculturalisme relativiste, a réussi à prendre le contrôle du pouvoir, malgré ses échecs aux élections. La première faute lourde de cette clique, c’est d’avoir volontairement refuser de punir les assassins nazislamistes. La punition devait naturellement s’appliquer aussi, au fumier nourricier de ces nuisances. Mais les nuisances elles mêmes, ne sont détruites qu’avec la plus extrême parcimonie. Aucune raison avancée par ces dégénérés, ne vaut la vie d’un seul Israélien assassiné. Quand il devint clair que la plupart des Israéliens resteraient passifs suite à la décision de SHARON, les opposants actifs prirent l’initiative de quelques actions. L’une des plus remarquables, ce fut les entretiens en face à face, pour convaincre chacun personnellement à s’opposer au démantèlement du Goush Katif. Et puis, il y eut les grandes manifestations. La vie est ainsi faite, les humains seront toujours des humains. Quand bien même les organisateurs auraient rassemblé pacifiquement, un million de personne dans le désert, à l’orée du Goush Katif, ça n’aurait strictement rien changé. C’est tragique à dire, mais si des échauffourées avaient éclaté entre les manifestants et la police, lors d’au moins deux grandes manifestations, il est probable que la détermination des opposants aurait été perçue différemment, à la fois par le gouvernement, qui aurait été embarrassé, et par beaucoup de Juifs, qui auraient enfin pris au sérieux cette opposition. Mais celle-ci tourna franchement au gag, quand la plus grande manifestation fut paralysée, simplement en confisquant les clés de contact aux conducteurs des cars qui devaient conduire les manifestants. Attention, nous ne tentons pas de faire l’apologie de la guerre civile. Mais nous constatons simplement que, quand les organisateurs d’une grande manifestation refusent d’avance la moindre confrontation, la manifestation est strictement inutile et inefficace. D’évidence, le Camp National Juif est désemparé. Il n’a pas de leader crédible, il n’a même plus de plan d’action. Au gré des votes, ses rares représentants élus soutiennent le gouvernement, préférant tenir aujourd’hui, qu’espérer pour demain. Mais plus que l’absence de programme, c’est la mauvaise perception de la volonté du camp adverse qui est inquiétante. Bien sûr, Moché FEIGLIN et son mouvement Manighout Yehoudit prétendent agir dans la durée, sur le long terme, pour re-judaïser Israël. Bien sûr, quand on visite le pays, que l’on parle avec ses habitants, on ne perçoit pas cet antagonisme comme quand on l’observe de loin. Pourtant, il existe bel et bien des individus israéliens, décidés à couper Israël de ses racines juives. Ces individus disposent d’armes puissantes, que sont les média, les tribunaux et les universités. Alors quand Rav AVINER dit «C’est par l’amour que nous vaincrons», il a sans doute raison. Cela sera vérifié à l’arrivée du Machiah. En attendant, Rav AVINER, et ceux qui pensent comme lui, ont préservé l’unité avec les Juifs antijuifs. Ceux qui auraient préféré préserver l’intégrité territoriale, tant que c’est possible, et bien, ils patienteront. Ils ont la Emounat Hachem, et ils savent qu’à la fin, le Peuple Juif triomphera pour la Gloire d’Hakadoch Baroukh Hou. Cela n’a coûté que quarante ans, lors de la sortie d’Egypte. Cela n’a duré que 1870 ans après la destruction du Second Temple. Le Peuple Juif est patient, il s’en trouvera toujours, pour patienter jusqu’à la prochaine fois… Charles DALGER, le 23 Sivan 5766 – 19 juin 2006 |