Emor Imprimer E-mail
Ecrit par ‘Haï et Louna Chemla   

La parachat Emor débute ainsi : « D. dit à Moshé : Parle aux Cohanim, les fils d’Aaron, et dis-leur : « Nul ne doit se souiller (au contact d’un mort) parmi son peuple, si ce n’est pour sa parenté la plus proche… » .

Rachi commente ce verset de cette façon : « Parle aux adultes afin qu’ils mettent en garde les enfants, להזהיר גדולים על הקטנים ». Les adultes doivent surveiller les enfants afin que ceux-ci ne se souillent pas au contact d’un mort.

Le Rav Its’hak Ginsbourg Chlita déduit que ce verset contient en lui les principes qui doivent guider l’éducation et la transmission de la Tora dans le peuple Juif : il faut que cette transmission atteigne les plus petits. La base de cette transmission est que les grands ou adultes doivent mettre en garde les petits. Cette phrase fait l’objet de nombreux commentaires de la part des Rabbanim. Il est possible de dégager 3 stades dans cette transmission de l’éducation d’après la Tora :

1- Il faut que les adultes se comportent eux-mêmes comme des petits : להזהיר גדולים על (צורך ליהות) קטנים . En travaillant sur lui-même, l’enseignant doit pouvoir se mettre à la portée du « petit » ; il doit donc transformer son apparence afin d’être intelligible pour les enfants.

2- Malgré cette nécessaire diminution de niveau, il faut mettre en garde les grands de ne pas se prendre eux-mêmes à leur jeu et ne pas tomber eux-mêmes dans la petitesse : il faut les mettre en garde du danger de tomber de niveau et de devenir réellement petits : להזהיר גדולים על (הסכנה שמא יהיו) קטנים . Il faut donc que les grands se mettent malgré tout à l’écart des petits, afin de ne pas chuter !

3- L’action des grands sur les petits devra aboutir à transformer ces derniers afin qu’il s deviennent à leur tour des grands : mettre en garde les grands (afin qu’ils illuminent) les petits, להזהיר (את הזוהר ואור ה) גדולים על הקטנים . En hébreu le mot mettre en garde et illuminer sont dérivés de la même racine : Zohar, זוהר .

La parachat Emor constitue le point central du compte de l’Omer. C’est d’ailleurs dans cette paracha que l’on apprend les Lois du sacrifice et du compte de l’Omer : « Parle aux Beneï Israël…quand vous serez arrivés dans le pays…vous apporterez un Omer des prémices de votre moisson au Cohen…Puis vous compterez chacun depuis le lendemain de la fête, depuis le jour où vous aurez offert l’Omer du balancement, 7 semaines, soit 50 jours et vous offrirez une oblation nouvelle à D. ».

Il y a donc un enseignement spécifique de la parachat Emor sur le Service de D. durant l’Omer. Durant les 49 jours que nous comptons nous nous efforçons de « faire briller », להזהיר , les 7 attributs sentimentaux ou Midot dans leurs 7 niveaux respectifs.

Il faut transformer les 7 Sefirot correspondant à ces 7 attributs pour les rendre lumineuses. Le mot Sefira, ספירה , ou sphère spirituelle est à rapprocher du mot Saphir, ספיר , qui désigne une pierre précieuse éclatante. Il est aussi composé des mêmes lettres que le mot « compte de l’Omer » ספירת העמר . L’un des jours essentiels de ce compte de l’Omer est justement le jour de Lag Baomer, ou 33ième jour de l’Omer, Hilloula de Rabbi Shiméon Bar Yo’haï qui est connu pour son ouvrage de Kabbale : le Zohar, זוהר ou Livre de la Splendeur (ou éclat) en rapport avec l’expression « mettre en garde », להזהיר que nous avons cité au sujet de l’éducation.

Malheureusement, dans l’histoire du peuple Juif, cette période de l’Omer est restée synonyme de deuil. En effet durant cette période nous ne célébrons pas de mariages, nous ne récitons pas la bénédiction de Chéhé’héianou car durant ces jours de l’Omer

une terrible épidémie fit des ravages parmi les élèves de Rabbi Akiva : 24 000 étudiants de la Tora moururent en quelques semaines ! Quelle était la cause de cette catastrophe ?

Le manque de respect et d’harmonie qui régnait entre ces élèves ! Comment des étudiants de la Tora de la Yeshiva d’un Tsadik comme Rabbi Akiva, ont -ils pu se comporter ainsi ?

Nos Sages nous expliquent que chacun avait sa façon de comprendre le cours dispensé par Rabbi Akiva et ne supportait pas qu’un élève ait une autre vision que lui sur cet enseignement ! Nous trouvons donc le contraire des 3 conditions que nous avons exposé pour que la transmission de la Tora se fasse correctement :

1- Ils ne se mettaient pas à la portée de l’autre pour prendre la peine de comprendre et de respecter l’opinion de leur prochain

2- Ce manque d’amour et de respect du prochain les entraînait vers une chute spirituelle déclenchant l’épidémie

3- Le résultat était qu’aucun n’éclairait l’autre et même lui-même : il en découla une grande obscurité !

Dans le monde Ashkénase, cette période est celle des massacres des communautés d’Europe Occidentale en France et en Allemagne lors des terribles Croisades : des milliers de Juifs qui furent exterminés pour la sanctification du Nom de D. !

Nous avons appris à regarder l’actualité du moment à la lumière de la paracha et des fêtes qui s’y déroulent. Parmi les catastrophes de l’Omer de cette année nous devons bien sûr nous inquiéter de toutes les actions de nos dirigeants afin d’arracher à nouveau des Juifs de certaines portions d’Erets Israël : de nouvelles évacuations forcées sont à l’ordre du jour !

Bien qu’il ne s’agisse que de petits points de peuplement nous avons appris à « mettre en garde les « grands » Yishouvim au sujet des « petites » implantations.

1- Il faut que les Juifs des grandes villes descendent de leur hauteur pour se mettre à la portée des familles déchirées par leur évacuation forcée;

2- Il leur faut également se préoccuper de leur avenir proche car qui sait si de grandes villes ne seront pas en danger !

3- Grâce à notre réveil, la lumière resplendira jusqu’à la venue de notre Juste Moshi’ah très prochainement!

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