Tazria Imprimer E-mail
Ecrit par Haï et Louna Chemla   

La Haftara de la Paracha Tazria nous raconte le miracle que le prophète Elisha a réalisé à l’époque des Rois d’Israël, en la personne de Naaman. Celui-ci était le général de l’armée d’Aram (Syrie); il était auréolé de la gloire d’avoir réussi à tuer à la guerre, le roi du royaume d’Israël, A’hab. Naaman était de belle apparence, et très orgueilleux : il fut frappé de lèpre.

Il apprit par l’une des servantes de sa femme, une jeune Juive qu’il avait capturé, que le prophète Elisha avait le pouvoir de faire des miracles et de le guérir de cette lèpre (cette capture serait aussi cause de sa lèpre). Naaman arriva donc en Erets Israël chez Elisha pour demander un remède. Il lui fit répondre qu’il n’avait qu’à se tremper 7 fois dans le Jourdain pour être guéri !

Devant un tel traitement, Naaman réagit tout d’abord en se fâchant, car il pensait que le prophète s’était joué de lui ; puis, il accepta, se trempa 7 fois dans le Jourdain, et fut totalement guérit de sa lèpre (le fait de se tremper dans l’eau du fleuve symbolisait, entre autres, qu’il se débarrassait de son orgueil démesuré. Il fut alors empli de gratitude envers le prophète Elisha et lui proposa une récompense. Ce dernier refusa toute récompense, Naaman devint alors un Guer Toshav, c'est-à-dire qu’il prit sur lui de respecter les 7 Lois Noa’hides. Nous assistons alors à un fait qui semblerait curieux de nos jours : il demanda au prophète, la permission d’emporter avec lui en Aram, un peu de terre d’Erets Israël, de dessous les pieds d’Elisha, afin de bâtir un Autel de Sacrifices pour D. ! En effet, Naaman avait tenté de convaincre Elisha de recevoir un cadeau en récompense de son miracle, et celui -ci avait refusé; or tout celui qui fait profiter un Talmid ‘Hakham de ses biens est considéré comme s’il avait offert un sacrifice de Tamid. Aussi, Naaman voulut au moins prendre autant de terre que ses mules pourraient transporter pour construire un Autel afin d’y offrir des sacrifices pour D. ! Cela démontre combien la Terre d’Israël était chère à ses yeux.

Il reconnut que la Terre d’Israël était sainte, car c’est sur elle qu’il put guérir de sa lèpre. Il demanda la permission au prophète Elisha de prendre cette terre, car il ne voulait pas que l’Autel des Sacrifices qu’il se proposait de construire avec, soit entaché de quelque notion de vol ! Nous voyons combien la crainte d’Israël était grande chez Naaman, au point qu’il ne voulut pas prendre même quelques kilos de terre d’Erets Israël sans permission ! Car tant qu’Israël accomplit la Volonté Divine , il mérite que s’accomplisse la promesse : « D. inspirera la peur et la crainte de vous sur toute la terre que vous foulerez … aucun homme ne convoitera votre terre lorsque vous monterez en pèlerinage vers la face de votre Maître, D. ! » .

C’est le signe que même la terre d’Israël (qui n’a pas de prix de vente) ne pourra pas vous être arrachée sans votre permission. Par contre, si vous ne respectez pas la Volonté Divine vous aurez : « Nabuchodonosor emporta de Jérusalem tous les trésors de la Maison de D., ainsi que les trésors du palais royal…». Nous voyons à quel point le miracle de la guérison d’Elisha impressionna Naaman ! Nous constatons également quel respect un non-juif a pu éprouver pour le peuple Juif et ses prophètes au point qu’il demanda la permission de ramasser de la terre d’Erets Israël pour la ramener avec lui ! Mais la condition nécessaire au respect des non- juifs pour le peuple Juif, ses Sages et sa Terre, passe par notre observance de la Tora et des Mitsvot .

Malheureusement cette histoire a une suite. Elisha avait un serviteur nommé Gué’hazi. Celui-ci avait grandi à l’ombre de son maître et connaissait la grandeur de ses actes. Mais ce serviteur avait un goût prononcé pour l’argent. Il se dit qu’il était dommage de laisser filer tous les biens que Naaman s’était proposé de donner à Elisha ! Il courut donc après Naaman, à l’insu de son maître et lui fit comprendre qu’Elisha s’était ravisé et qu’il voulait bien accepter quelque chose en récompense du miracle. Naaman s’exécuta immédiatement et donna à Gué’hazi 2 kikars d’argent et 2 vêtements. Lorsque Gué’hazi retourna chez lui, il cacha tout le butin et se présenta devant son maître Elisha. Celui-ci ressentit immédiatement la forfaiture de son serviteur et l’invita à avouer. Mais Gué’hazi feignit de ne rien avoir fait. Elisha le maudit alors en lui envoyant à jamais sur lui et sa postérité la lèpre de Naaman ! Gué’hazi est cité dans la Michna comme n’ayant pas droit au Monde Futur !

En quoi sa faute était-elle si grande pour mériter une telle punition ?

C’est qu’en faisant croire à Naaman qu’Elisha s’était ravisé et demandait de l’argent, il amoindrissait la grandeur de son maître.

Il le diminuait au rang des autres « faiseurs de miracles » qui se font payer pour leurs résultats ! Le Meam Loez dont nous nous inspirons pour les commentaires de notre récit, nous explique que si Gué’hazi n’avait rien demandé, Naaman se serait

converti au Judaïsme , et ne serait pas contenté des 7 Lois Noa’hides.

Nous apprenons de cette histoire que nous devons nous acharner à « sanctifier le Nom de D. » par nos actions en ressemblant au prophète Elisha. Nous inspirerons alors au monde entier l’admiration pour la Tora et les Mitsvot. Nous verrons même les non-juifs nous demander la permission de prendre quelques kilos de terre sainte pour le Service de D.; et nous n’assisterions pas

au spectacle lamentable de nous voir demander aux Goyim la permission de vivre sur notre terre !

Il nous faut fuir la conduite de Gué’hazi qui déshonore le Nom de D. en quémandant de l’argent en échange du Monde Futur ! Ceux qui suivent son chemin finiront déshonorés et mis au ban de notre peuple comme le furent Gué’hazi et sa famille.

Le miracle de la guérison de Naaman continue d’avoir des effets dans toutes les générations : il a été incorporé au rite de nos prières. Ainsi lors de la bénédiction des Cohanim, lors de la cantilation accompagnant les derniers mots de leur bénédiction,

les fidèles prononcent à voix basse une prière pour la bonification de nos rêves. Nous demandons ainsi que tous les rêves des Juifs soient orientés vers le Bien, s’ils ont besoin d’être « guéris », Guéris-les comme Tu as guéri ‘Hizkiaou, Roi de Yéhouda, de sa maladie, Myriam la prophétesse de sa lèpre, Naaman de sa lèpre, les eaux de Mara de l’amertume grâce à Moché , les eaux de Jérico grâce à Elisha… ». Nous savons que l’exil est aussi comparé à un rêve. Que nos prières soient acceptées et que de même que Naaman a été guéri de sa lèpre, que notre exil cauchemardesque se transforme en Délivrance véritable et complète avec la venue de Moshia’h très prochainement !

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