Rabbins et Politique Imprimer E-mail
Ecrit par Moche Feiglin   

Rabbins et Politique

 

« Si seulement les dirigeants du pays prenaient en compte le « Da’at Torah », tout irait mieux ! » répètent souvent les personnes religieuses. La racine du problème est-elle que les politiciens ignorent les opinions des rabbis ? Quelle devrait être l’attitude des hommes d’état envers les grands de la Torah à notre époque ?

Avant de répondre à la question, tentons de mettre de l’ordre dans la terminologie et les faits. Premièrement, que signifie Da’at Torah ? Ceux qui utilisent cette expression lui donnent le sens de l’opinion du rabbin qu’ils se sont choisis. C’est acceptable tant que les questions de Halacha concernées s’appliquent à un individu, sa famille, et tout au plus à une communauté qui accepte l’autorité halachique de ce rabbin. Si je choisis un rabbin en particulier, alors son opinion représente, pour moi, l’Avis de la Torah, le Da’at Torah.

Mais la direction du pays n’est pas un fait privé ou communautaire. Dans la mesure où il n’existe pas de nos jours d’assemblée nationale de la Torah semblable à la politique, le concept de Da’at Torah n’existe pas au niveau national. Il y a l’opinion des rabbins de Yesha, celle des rabbins du Sionisme-Religieux, celle des rabbins de l’Agoudat Israël … Avec l’aide de D.ieu, le Sanhédrin sera réintroduit de nos jours. Jusque là, il n’existe aucune sorte de Da’at Torah national.

En dehors de ces concepts trompeurs, l’affirmation que si les rabbins s’impliquaient dans la vie politique résoudraient tous les problèmes est contraire à la réalité.

Même dans le cas de décisions politiques en dessous de l’échelon national, comme pour le Shas ou le PNR, décisions tenant compte du Da’at Torah de leur communauté, un tel comportement devient souvent grotesque, voire commet un Hilloul Hashem. Ce qui surprend vraiment est que cette façon d’agir, au lieu d’élever le niveau des politiciens, fait baisser le niveau spirituel des rabbins.

Quand la patate brûlante de la politique entra sur le terrain de jeu des rabbins, elle les fit entrer dans l’arène politicienne, qu’ils le veuillent ou non. Que pense le grand public quand les actualités lui apprennent que les rabbins de l’Agoudat Israël ont légiféré que leur parti devrait rester dans la coalition (à cause du Da’at Torah, justement) alors que les rabbins du Shas ont décidé que leur parti devrait quitter cette même coalition – ou l’inverse - (Da’at Torah, bien sûr !) ? Que pensent-ils de la Torah en général et des gens religieux en particulier ?

Nous avons vu récemment le Ministre Zevoulon Orlev faire appel à d’importants rabbins sionistes religieux pour cautionner une action abondamment commentée qui avait entraîné les ministres du Likud à supporter Sharon. Il semblerait que les rabbins n’étaient pas au courant de tous les faits et qu’Orlev ne désirait leur soutien qu’afin de les utiliser cyniquement pour son propre compte. Dans ce cas, le rôle des rabbins aurait du être d’attirer l’attention sur des principes fondamentaux. Le dommage eut lieu parce que les rabbins n’ont pas discerné le danger et sont entrés dans le jeu politique d’Orlev.

Alors, quelle est la solution ? Devrions-nous laisser les décisions nationales hors d’atteinte de l’expression des rabbins et des Talmidé Hachamim en attendant de rétablir le Sanhédrin ? Il est clair que, non seulement le modèle accepté par les Haredim ne nous convient pas mais qu’il est aussi mauvais d’ignorer les opinions des Talmidé Hachamim.

Il se pourrait que la meilleure solution se trouve dans des relations réciproques d’un autre ordre. Le modèle auquel nous devrions aspirer est une relation de respect, de confiance et d’émulation réciproque. Les Talmidé Hachamim devraient jouer un rôle dans la direction politique du pays, mais ni en tant que politiciens, ni comme rabbins. Ils devraient représenter l’approche de la Torah sur la réalité, guider quotidiennement les délibérations de telle façon à ce qu’elles n’entrent pas en conflit avec la Torah et avertir à l’approche de tels conflits.

Un dialogue permanent devrait se tenir entre les politiciens et le groupe de rabbins en dehors de la politique. Evidemment, nous parlons de rabbins intéressés à participer à un tel dialogue, de rabbins impliqués dans les événements de la société, de la vie du pays et de la scène politique, et qui s’identifient avec les buts fondamentaux du groupe. Ces rabbins ne doivent pas se considérer comme des inspecteurs de Cacheroute des hommes politiques mais comme des personnes qui peuvent les aider à trouver le droit chemin d’un point de vue de Torah sans compromission politique.

Les deux côtés, politiciens et rabbins doivent être pourvus d’une force morale exceptionnelle. A l’instant où l’un des partenaires du dialogue se détourne de l’objectif commun par des considérations de pouvoir ou d’honneur, l’édifice entier s’écroulerait. Un vrai objectif commun, un dialogue permanent et une abstinence d’intérêts personnels devrait pouvoir générer l’énergie positive requise.

La situation peut se comparer à celle d’un moteur magnétique tournant rapidement entre deux champs magnétiques. Tant que le moteur est positionné à égale distance des deux pôles des aimants, il est approvisionné en courant et produit de l’énergie. Dès l’instant où le centrage est modifié, le moteur se colle d’un côté et se bloque. Tenter de définir l’autorité qui doit se trouver de chaque côté ressemble à apprendre à jouer d’un instrument par correspondance. Certains partis s’en occupent peut-être déjà, mais nous ne connaissons que trop la qualité de la musique.

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