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Ecrit par Haï et Louna Chemla   

: Interdit de rêver !

Il était une fois un Juif nommé Yossef, qui avait fait des rêves : il rêva la première fois qu’il était en train de ramasser des

gerbes auprès de ses 11 frères ; il vit alors sa gerbe se lever; et les 11autres gerbes l’entourèrent et se prosternèrent devant sa sienne. Puis, il rêva une nouvelle fois. Cette fois-ci, il vit le soleil et la lune en compagnie de 11 étoiles, se prosterner devant lui. Lorsqu’il raconta à sa famille ce qui n’étaient que des rêves, il déclencha la colère de tous. Ses frères le haïrent encore plus que d’habitude, et son père eut beaucoup de difficultés à calmer tout ce monde. Plus tard ses frères projetèrent même de le tuer ! Profitant de l’occasion d’être seuls à seuls avec lui, il se jetèrent sur lui afin de l’éliminer.

Après des discussions, il fut décidé que sa peine ne serait que d’être vendu à une caravane d’étrangers de passage. Ainsi fut fait, et notre Juif descendit dans les profondeurs de l’exil. Il fut là-bas victime d’une sordide accusation organisée par une femme amoureuse de lui, mais qu’il avait éconduite. Il finit par être emmené dans une prison infâme, où il purgea de longues années de détention pour un crime qu’il n’avait pas commis.

Malgré cela, il n’oublia jamais les rêves qu’il avait fait. Et de longues années plus tard, ils se réalisèrent à la suite d’un évènement miraculeux. Il fut alors nommé vice-roi du pays où il avait été vendu.

Quelle était sa faute pour mériter tout cela, car il ne s’agissait au fond que de rêves ?

En fait, notre Juif était haï par sa famille. L’amour particulier que lui portait son père avait exaspéré ses autres frères qui étaient jaloux de lui. Ils virent dans son rêve le danger de le voir les dominer : « ils le haïrent encore plus qu’avant à cause de ses rêves et de ses paroles ». En dépit de cela, ses rêves se réalisèrent beaucoup plus tard. Il y eut une famine dans le pays où ses frères étaient restés. Les 11 frères durent descendre dans le pays où Yossef était devenu roi et se prosternèrent devant lui.

Il était une fois un autre Juif, qui s’appelait aussi Yossef. Il voulait réaliser un rêve : changer le monde ! Il habitait dans un pays lointain, loin d’Erets Israël. Il entendit que certains de ses frères avaient fait le même rêve que lui et avaient commencé à revenir sur leur terre. Ils s’étaient établis dans des régions incultes et les avaient transformées en villages magnifiques. Il décida alors de tout abandonner. Il partit avec sa famille dans ces villages dont il avait entendu parler.

Là-bas, il pensa réaliser son rêve. Il s’attela à la tâche, construit une maison, planta des jardins et développa des cultures.

Il commença à croire qu’il pourrait réaliser son rêve, qu’il pourrait établir dans sa région, un monde nouveau basé sur l’observance de la Tora et des Mitsvot.

Mais la réussite de ce « groupe de rêveurs » indisposait leurs frères vivant ailleurs. Ils décidèrent de mettre fin à ces rêves insensés de voir des Juifs revenir sur leur terre, pour pratiquer la Tora et les Mitsvot. Ils profitèrent d’une révolte de barbares sanguinaires, voisins de ces Juifs religieux, pour « en finir » définitivement avec ces rêves dangereux.

Utilisant le désarroi dans lequel étaient ces Juifs soumis aux attaques incessantes de ces barbares, ils les laissèrent se faire massacrer un par un. Il abandonnèrent le tombeau de Yossef, (celui de notre premier rêve), pour ôter toute base solide à ces « rêveurs ». Ils n’hésitèrent pas à empêcher leur armée de venir à bout des sauvages, pour que les rêveurs fuient plus vite. Devant leur manque de réaction, ils vôtèrent alors des lois ignobles pour les chasser de chez eux. Après avoir employé « la carotte », sous forme de soi-disant « indemnités de relogement », ils employèrent « le bâton ». Ils réunirent alors toutes les forces de police et de soldats qu’ils s’étaient refusés à employer contre les barbares, pour les envoyer déloger toutes les familles de rêveurs. Ces derniers s’accrochèrent à leur rêve jusqu’à l’ultime instant. Ils furent alors obligés de monter dans des véhicules qui formèrent des caravanes sur les routes du pays. Il s changèrent à plusieurs reprises de maîtres, tantôt dans tel hôtel ou telle région, tantôt dans une autre. Ils ne trouvèrent pas le repos. Ils échouèrent dans des prisons dorées constituées par des hôtels ou des préfabriqués. Là on leur répèta que leur situation étaient due à leurs rêves insensés.

En fait, ce sont ces rêveurs qui ont totalement raison. Il est possible que leur rêve de voir les Juifs revenir sur la terre d’Erets Israël mette plus de temps qu’ils ne le croyaient à se réaliser. Malgré tout, D. nous a promis qu’il reconstruirait le Beth Hamikdash et nous ramènerait chez nous. Il n’y aura plus de barbares et les frères qui nous ont vendu viendront reconnaître le bien fondé de nos espérances.

L’Admour Hazaken (dont nous fêtons la libération cette semaine, le Youd-Tet Kislev) analyse le rêve dans le Tora Or sur la paracha : nous avons l’habitude de lire le Psaume 126, Chir Hamaalot, avant le Birkat Hamazone des jours de fêtes. Ce texte nous décrit la délivrance : « lorsque D. ramena les captifs de Tsion, nous étions comme des rêveurs. Notre bouche s’emplit alors de chants etc… ». L’Admour Hazaken nous explique que le temps de l’exil est celui du rêve.

Celui de la délivrance sera celui de l’éveil. L’exil est une période où les contraires les plus grands peuvent coexister, comme dans un rêve où les faits les plus fous peuvent se côtoyer (il nous cite le fait de rêver d’un bâteau voler dans les airs).

Rabbi Schnéour Zalman nous apprend que cet état de rêve a un avantage : il permet de passer d’une direction à son opposée en un instant : une personne peut donc faire Techouva en un clin d’œil.

Que la période de rêve (et de cauchemard) que nous traversons cesse bientôt, et que nous assistions très prochainement à la réalisation de la fin du psaume 126 : « Ramène nos captifs, D., comme des ruisseaux dans le Néguev. Que ceux qui ont semé en larmes récolteront dans la joie ! Il est parti en pleurant celui qui portait ses graines, mais il reviendra comblé de joie en portant ses gerbes »


Dans le texte « Al Hanissim » que l’on rajoute à ‘Hanouka, il est écrit : « et après cela, Tes Fils entrèrent dans le Sanctuaire de

Ta Maison et déblayèrent le Hekhal, purifièrent Ton Sanctuaire et allumèrent des lumières dans les Parvis de Ton Temple ».

Pourquoi est-t-il écrit « ils allumèrent des lumières dans les Parvis de Ton Temple », car la Ménora ne devait être allumée que dans la bâtisse du Temple et non pas à l’extérieur dans le Parvis ?

Le ‘Hatam Sofer répond en s’appuyant sur un Psak du Rambam : « l’allumage des lumières est permise à un Non-Cohen. En conséquence, si un Cohen prépare les lumières et sort la Ménora à l’extérieur, il sera permis à tout Juif de les allumer ».

Or les Grecs avaient impurifié le Hékhal qui était rempli d’idoles. Les Juifs durent déblayer le Héikhal et purifier le Sanctuaire.

Ils ne purent donc pas allumer les lumières à l’intérieur, mais à l’extérieur dans les Parvis de la Azara ».

C’est ainsi que le miracle fut manifeste aux yeux de tous les Juifs, tout Israël fut témoin que les lumières brûlèrent 8 jours !

Or, si la Ménora avait été placée dans le Hékhal, seuls les Cohanim auraient pu voir ce miracle.

Il nous reste néanmoins à éclaircir quelques points :

- l’ordre des faits tel qu’il est décrit dans notre texte est le suivant : « ils entrèrent…ils déblayèrent…ils purifièrent…ils

allumèrent »; nous en déduisons qu’ils allumèrent après avoir déblayé le Hékhal et purifié le Sanctuaire. ‘Hanouka inclut l’inauguration du Mizbéa’h et du Temple le jour du 25 Kislev (car les Grecs avaient impurifié le Sanctuaire).

Ils n’ont donc allumé les lumières qu’après avoir déblayé et purifié le Temple !

- les Grecs avaient introduit des abominations partout où ils le pouvaient, dans tous les recoins, et donc pas seulement dans le Hékhal. Pourquoi penser que la purification du Sanctuaire a débuté par les Parvis avant le Hékhal lui-même ?

- Et si l’on pense que les Parvis furent purifiés les premiers avant le Hékhal, pourquoi parle-t-on de Parvis au pluriel ?

Nous sommes amenés à conclure que les lumières qui furent allumées dans les Parvis n’étaient pas celles de la Ménora du Temple ! Il s’agissait d’autres lumières qu’ils allumèrent en signe de louange et de glorification pour D. !

L’un des moyens de louer D. est justement d’allumer des lumières, « la Gloire de D. avec des lumières », comme c’est le cas des lumières du Beth Haknesset. Lors de Sim’ha Beth Hachoeva, à Soucot, on allumait une Ménora en or, dans le Ezrat Nachim, qui illuminait tout Jérusalem. Nous concluons donc que les lumières qu’ils allumèrent dans les Parvis du Temple ne sont pas en rapport avec le fait de purifier le Temple, mais avec les louanges et la glorification « du Saint Nom ». Ces lumières furent allumées dans les Parvis, c’est à dire en plus de la Azara, dans le Ezrat Nachim et tout autour du Sanctuaire.

Le problème est que d’a près tout ceci, le texte « Al Hanissim » ne parle pas du tout du miracle de la fiole d’huile et des lumières qui brûlèrent 8 jours ! « Al Hanissim » ne mentionnerait que le miracle de la victoire militaire : « Tu as mis les forts dans la main des faibles et le grand nombre dans celle du petit nombre… Tu as amené un grand secours… ».

Tout ceci est d’autant plus étonnant que la Guémara Chabbat nous dit : « Qu’est donc ‘Hanouka ? Lorsque les Grecs entrèrent dans le Hékhal, ils impurifièrent toutes les huiles etc…et ils (les Juifs) ne trouvèrent qu’une fiole d’huile…et il y eut un miracle

car ils allumèrent avec durant 8 jours. L’année suivante, ils fixèrent des jours de fête de louanges et de remerciements ».

Nous en déduisons que la louange est en rapport avec le miracle de l’huile. Pourquoi ce miracle de l’huile n’est-t-il pas allusionné dans le texte « Al Hanissim » ?

Pour répondre à cette question, nous devons déjà répondre à une autre question : pourquoi ‘Hanouka est –t-elle été fixée sur le miracle de l’huile et non pas sur la victoire militaire extraordinaire contre les Grecs (les forts dans les mains des faibles, le grand nombre dans le petit nombre…) ?

La réponse est que le danger de l’époque de ‘Hanouka n’était pas sur la vie des Juifs mais sur la religion juive : « Ils voulaient faire oublier Ta Tora et amener la transgression de Tes Commandements » ; ils demandèrent aux Juifs d’écrire sur la corne d’un taureau qu’ils n’avaient point de part dans le D. d’Israël ! La bataille armée ne fut que la conséquence de l’interdiction de pratiquer la religion juive. C’est pour cela qu’ils choisirent le miracle de la fiole d’huile sur la victoire militaire, car le danger était sur l’accomplissement des Mitsvot. Or l’allumage des lumières de la Ménora est justement une Mitsva de la Tora, ainsi qu’il est dit : « la Mitsva est une lumière et la Tora un luminaire ». Il s’agissait donc d’une délivrance sur le plan spirituel.

Malgré tout cette délivrance spirituelle n’aurait jamais eu lieu sans la victoire militaire, pourquoi la Guémara ne mentionne pas cette victoire ?

C’est que les Grecs ne s’opposaient pas à l’étude la Tora, ils s’opposaient au fait que la Tora soit d’origine Divine ! Ils voulaient la ramener à une simple doctrine philosophique issue de la sagesse humaine. La guerre des Grecs était fondée contre l’idée juive d’une Divinité au-dessus de toute la création, au-dessus de l’intellect humain. Le miracle eut donc lieu sur la lumière de la Ménora car la lumière est insaisissable, bien qu’elle fasse partie de la Création. La lumière est la chose créée la plus spirituelle.

Par ailleurs, nos Sages nous enseignent que les lumières de la Ménora « constituaient pour le monde entier la preuve que la Chekhina repose sur Israël ». En effet, la lumière de la branche de la Ménora, tournée vers l’Ouest, vers le Saint des Saints, était allumée en permanence. La lumière matérielle, insaisissable, est en fait le meilleur support de la lumière de la Chekhina. Lorsque la lumière de la Chekhina (plus élevée que le monde) s’habille dans la lumière matérielle, il en résulte un plus grand dévoilement de cette lumière dans le monde. Le miracle des lumières de la Ménora était donc la démonstration que la Chekhina repose sur Israël. Le sauvetage spirituel de ‘Hanouka trouve donc sa meilleure expression dans le miracle de l’huile de la Ménora. La victoire militaire qui a permis le miracle de la Ménora, ne saurait pas démontrer le niveau spirituel que représente

le miracle de la Ménora. Car la lumière spirituelle de ‘Hanouka est liée avec la Lumière Divine qui est plus élevée que la Création. La victoire militaire n’a pas sa place à côté du caractère spirituel de la Lumière Divine.

Le texte « Al Hanissim » qui amène une louange sur la victoire militaire, ne peut pas englober la miracle spirituel de la lumière de la Ménora. Il faut donc diviser les louanges en 2 temps différents : l’une pour le miracle de l’huile et des lumières, avec l’allumage des lumières de ‘Hanouka, et l’autre sur la victoire militaire en récitant « Al Hanissim ».

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