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La paracha Vayichla’h se termine sur l’énumération de la descendance d’Essav, le frère de Yaakov. 43 versets de la Tora vont être consacrés à nous décrire comment tous ces descendants vont dégénérer et aboutir à une lignée de bâtards ! Nous lisons ainsi que certains enfants sont issus d’unions monstreuses et incestueuses entre membres d’une même famille; ce qui est relaté pudiquement dans la Tora par le fait qu’un enfant pouvait être à la fois le frère et le fils d’une même personne, ou la fille de deux pères de la même famille… Pour quelle raison la Tora consacre 43 versets à une telle généalogie de monstres, alors que certaines Lois essentielles pour le peuple Juif ne sont déduites que de simples allusions ? En fait, cette Paracha va nous décrire la confrontation de 2 mondes différents : celui d’Essav et celui de Yaakov. Chez Essav nous verrons de « grandes lumières spirituelles » qui seront obligées de descendre très bas, jusque dans les forces du Mal, du fait du manque de « récipients » pour les saisir. Cette lignée de bâtards issus d’Essav, dont fait partie notre ennemi Amalek, fait allusion à la descente de ces « grandes lumières » dans l’obscurité des forces du Mal. En revanche, Yaakov et sa famille appartiennent à un monde spirituel moins élevé que celui d’Essav. Néanmoins, la famille n’est composée que de Tsadikim. Même si la Tora nous relate que Réouven, le fils aîné de Yaakov a cohabité avec Bilha sa belle-mère, Rachi s’empresse de nous rassurer en nous disant « qu’il avait simplement mis en désordre la couche de son père », pour venger l’honneur de sa mère Léa. La preuve en est que la Tora énumère immédiatement après cela les 12 fils de Yaakov, signe que tous étaient égaux, tous étaient des Tsadikim, Réouven n’avait point péché.
Cette famille de Tsadikim possède des lumières spirituelles moins grandes que celles d’Essav et sa famille. Malgré cela, elle a en elle de « grands récipients », qui vont lui permettent de récupérer ces lumières vers le domaine de la Sainteté. Le monde occidental est traditionnellement affilié à la descendance d’ Essav : les convertis que notre peuple a fait au cours des milliers d’années de séjour chez ces peuples, sont les étincelles de Sainteté que nous avons récupéré. L’un des derniers chefs cité dans notre paracha est justement Magdiel, que Rachi nous décrit comme le chef de Rome. La Tora va répéter une nouvelle fois en conclusion de tout ce texte, tous les noms des princes, surnommés en hébreu, Alouf, אלוף . (Ce mot est utilisé dans le langage courant pour désigner les plus hauts gradés de l’armée israëlienne). Le Rav Chlomo Yossef Zevin nous ramène dans ses « Récits ‘Hassidiques », la rencontre d’un Juif riche avec son ancien ami le Reb Chlomo Hakohen de Radomsk. Ce Juif s’était éloigné de la Tora et rapproché de la Haskala (source du Judaïsme réformé). Le Rabbi interrogea l’homme sur sa situation et celle de ses enfants à qui il avait donné un enseignement laïc. L’homme lui dit qu’il ne manquait de rien et que ses enfants ajoutaient à sa fierté ! Le premier était médecin, le second avocat, le troisième ingénieur… Le Rabbi lui répliqua que la paracha Vayichla’h lue cette semaine-là, donne aussi la liste de tous les chefs, Alouféï : Alouf Kénaz etc… et conclut « lui est Essav, le père d’Edom ». En citant ces mots, le Rabbi désigna du doigt son visiteur. Ce dernier oeuvra à apaiser le Rabbi et fit à la suite de cet incident une Techouva sincère. Rachi nous enseigne par contre dans le début de la paracha suivante que notre ancêtre Yaakov fut impressionné par toute la lignée de princes issus d’Essav, les Alouféï Edom. Il se demanda avec stupeur qui pourra venir à bout de tous ces chefs ! Rachi donne une parabole : un marchand de lin avait des chameaux chargés de lin. Le forgeron demanda avec étonnement comment on logera tout ce lin. Un homme astucieux lui répondit : une étincelle sortira de ta forge et fera tout flamber. Il en est de même pour Yaakov. Le Prophète Ovadia nous dit : « La maison de Yaakov sera un feu, la maison de Yossef, une flamme et la maison d’Essav un fétu de paille : une étincelle sortira de Yossef et les consumera tous ! » En quoi tout ceci peut-il avoir une importance pratique ces jours-ci ? En fait comme nous l’avons déjà évoqué, notre peuple possède aussi de nombreux chefs, dont un grand nombre ont réellement porté le titre d’Alouf, général d’armé. Et beaucoup d’entre eux sont également descendus spirituellement, influencés par la Haskala, comme dans le récit du visiteur de Reb Chlomo Hakohen de Radomsk. Par ailleurs, poussés par l’orgueuil que leur confère le titre d’Alouf, ils se sont mis en tête d’arriver coûte que coûte aux rennes du pouvoir de notre pays. Grisés par les sondages qui les donnent déjà vainqueurs, tous se bousculent au portillon du « grand chef des Alouféï » de notre pays. Sans aucun égard pour la parole de sincérité qu’ils ont publiquement donné ; ils courent s’inscrire chez le « grand Alouf ». Nous pourrions être effrayés de tant de puissance et déclarer devant ces fossoyeurs du Judaïsme authentique : « Qui pourra venir à bout de ces chefs ? ». La réponse est dans le Rachi de la paracha Vayéchev : « une étincelle sortira de Yossef (c’est à dire du Tsadik de la génération), et les consumera tous ! ». Il est évident que c’est bien entendu D. qui dirige le monde. Sa Volonté a d’autres ambitions pour notre peuple que celles de ces Alouféï dont la pensée est abâtardie et étrangère au Judaïsme. Le feu de la Tora ne pourra que consumer tous ces fétus de paille en espérant les ramener sur le bon chemin. Les évènements auxquels nous assistons sont le signe que nous arrivons à la fin d’un processus déclenché par la Haskala et qui épuise ses dernières forces. La prophétie d’Ovadia que nous lirons ce Chabbat et qui nous décrit la « flamme de Yossef issue du feu de Yaakov » consumant la maison d’Essav, est celle qui nous décrit également la Guéoula véritable et complète. Nous assisterons très prochainement à la venue de Moshia’h : « Et des libérateurs monteront sur la montagne de Tsion pour juger la montagne d’Essav et la Royauté appartiendra à D. ».
Rachi explique ainsi le passouk de notre paracha : « j’ai séjourné ( גרתי ) chez Lavan et prolongé mon séjour jusqu’à présent » : « j’ai séjourné chez Lavan » , גרתי guématria 613, preuve que Yaakov a accompli les 613 Mitsvot de la Tora. Pourquoi Yaakov ne dit pas clairement à Essav qu’il a accompli les 613 Mitsvot chez Lavan, et utilise un sous-entendu ? Par ailleurs, Essav vient à sa rencontre avec 400 guerriers armés, quelle importance aura aux yeux d’Essav le fait de respecter les 613 Mitsvot de la Tora (alors qu’il est venu pour tuer son propre frère) ? Dans le Tora Or, l’Admour Hazaken explique que le nom Lavan est le même que celui de la couleur blanche, Lavan. Le fait que Yaakov ait séjourné chez Lavan prouve qu’il s’est rapproché de la lumière blanche, Loven HaElione, en rapport avec les niveaux spirituels les plus élévés (Kéter); le fait que Yaakov ait sejourné dans le Loven HaElione et qu’il ait respecté les 613 Mitsvot qui ont leur source dans ce Loven HaElione, est la preuve que Yaakov s’est hissé à un niveau très élévé : il a fait son Tikoun, sa réparation. L’homme est le reflet de son image spirituelle, Adam HaElione (l’homme supérieur). Le niveau spirituel d’Adam HaElione comporte 248 membres et 365 nerfs (au total 613). Grâce à cela, l’homme de notre monde ici-bas, reçoit de la force pour les 613 membres de son corps. Yaakov a donc fait savoir à Essav qu’il avait accompli les 613 Mitsvot et reçu de la force du Loven HaElione sur les 613 parties de son corps. Ayant ainsi achevé sa réparation - son Tikoun, il a la force de s’attaquer au mal d’Essav pour le transformer. En « réparant » Essav, Yaakov allait recevoir également les Makifim de son frère (lumières spirituelles tellement élévees qu’elles ne font qu’entourer une personne sans pouvoir s’habiller en lui). La racine spirituelle d’Essav est celle du monde de Tohu, celle de Yaakov, le monde Tikoun. Essav n’était pas le premier-né que par le fait d’être né en premier; il était également d’un niveau spirituel plus élevé que son frère Yaakov. Car le monde de Tohu est plus élevé que celui de Tikoun. Dans le monde de Tohu, les lumières sont abondantes, mais les Kélim (récipients sensés contenir ces lumières) sont petits. Yaakov a déclaré à Essav avoir séjourné chez Lavan, pour lui dire qu’après avoir achevé son monde de Tikoun, il allait s’attaquer à celui d’Essav et attirer chez lui (Yaakov) les lumières des Makifim de Tohu. Yaakov allait pouvoir s’attaquer à réparer Essav même dans le niveau particulièrement bas de celui-ci. En effet, Yaakov n’avait pas seulement vécu chez le Loven HaElione (niveau spirituel de Lavan), il avait vécu chez Lavan, tel qu’il était ici-bas (c’est à dire un grand Racha). Aussi Yaakov avait désormais aquis la force de réparer Essav. Par ailleurs, il est possible que Lavan corresponde à un autre niveau spirituel que celui du Loven HaElione (Kéter). Il correspondrait à celui de Klipa Noga, dont Yaakov aurait puisé toutes les étincelles de spiritualité. Comment pourrait-il alors puiser celles d’Essav ? (Il existe 4 sortes de mondes impurs nommés Klipot : les 3 Klipot impures qui correspondent au Mal absolu, et la Klipa Noga, monde intermédiaire, qui contient un peu de Bien malgré tout). En fait, la réparation des mondes spirituels va débuter par celui qui est le plus proche de Yaakov (Lavan) puis s’éloigner et descendre plus bas chez Essav. Il a d’abord fallu réparer Lavan, correspondant au niveau spirituel ou Nefesh Haélokit-Ame Divine; puis il est fut possible de réparer Essav, l’Ame animale (Nefesh Habéhémite). Il a d’abord fallu raffiner Lavan ( la Klipa Noga) avant de réparer Essav (les 3 Klipot impures). Nous pourrions objecter à ceci le fait que Lavan était aussi un grand Racha (il est donc en rapport avec les 3 Klipot impures), car il était prêt à tuer Yaakov ! En fait Lavan correspondait au niveau de Kéter de Klipa Noga (monde le plus élevé), alors qu’Essav correspond à Zéïr Anpin de la Klipa Noga (4ème monde). En descendant vers les 3 Klipot totalement impures, Lavan et Essav garderont cet ordre : Lavan sera Kéter des 3 Klipot (niveau le plus haut) et Essav sera Zéïr Anpine des ces 3 Klipot impures. Il a donc fallu que Yaakov raffine Lavan, « la tête de ces Klipot », avant de réparer Essav qui n’en est que le corps. A quoi correspondent ces Klipot dans le travail de l’homme ? La Klipa de Lavan serait le fait de tromper les autres, sans se tromper soi-même. Par contre, celle d’Essav est aussi le fait de se tromper soi-même, de se décourager, de se dire que l’on ne pourra jamais arriver etc… Le travail de réparation de cette Klipa est bien plus difficile que celui de Lavan. La Klipa de Lavan n’a pas en elle le niveau d’Amalek, עמלק , dont la guématria est celle de Safek, ספק , « le doute » : un homme sera animé d’un doute sur le fait qu’il puisse réellement réussir etc.. C’est pour cela que la réparation de la Klipa d’Essav est particulièrement ardue, ce qui explique la longueur de l’exil d’Edom (l’exil actuel). Le Or Ha Tora explique que l’élan de Yaakov vers son frère est celui de l’union des Noms Divins de Ma, מה , principe masculin et Ban, בן , principe féminin. Ces Noms correspondent au Tétragramme développé : Ma, יוד-הא-ואו-הא , guématria 45 ; Ban, יוד-הה-וו-הה , guématria 52. Nos Sages nous enseignent (Erouvin 54 , a) : « Le Monde dans lequel nous allons accéder est semblable à un mariage », car les Mitsvot que nous accomplissons unissent D. avec Sa Chekhina, union des Noms Ma et Ban. Cette union est symbolisée par le mariage d’Its’hak et de Rivka. Le texte des bénédictions du mariage comporte 2 niveaux : la bénédiction שמח תשמח se termine par les mots « qui réjouit le fiancé et la fiancée » alors que la bénédiction finale se termine par les mots « qui réjouit le fiancé avec la fiancée ». La première bénédiction correspond à notre monde actuel, où la fiancée, (c’est à dire le principe féminin) est muette. Lors du mariage elle ne fait qu’accepter la bague sans rien dire, alors que dans le monde futur, elle aura également une voix ; c’est pour cela qu’il est écrit : « réjouis le fiancé avec la fiancée ». Car dans le monde futur le principe féminin sera essentiel . Le mari ne sera plus appelé « mon maître », בעלי , mais il sera nommé « mon homme », אישי . (le Rabbi semble nous indiquer qu’après la réparation définitive d’Essav par Yaakov représentant le peuple Juif, le dévoilement de la grande lumière d’Essav, apparaîtra au grand jour et pourra aussi s’exprimer). Que ce soit lors de la délivrance véritable et complète, lors de la venue de notre juste Moshia’h. |