Si par exemple, l'hôpital ne dispose que de nourriture tréfa, est-il permis de traverser un réchouth harabim (domaine public) pour apporter un repas cacher à un malade juif ou doit-il consommer la nourriture de l'hôpital ?
En des temps plus anciens, nous aurions pu formuler la question de la façon suivante: "Si la seule nourriture dont on dispose est de la viande tréfa (non cachère) , alors que les médecins prescrivent la consommation de viande le Chabbath comme remède à une maladie grave, est-il permis d'abattre un animal, de le saler et de le faire cuire uniquement pour empêcher le malade de consommer cette viande tréfa ?". Evaluons "les transgressions" commises dans les deux cas.
D'un côté, nous avons le issour (interdiction) de consommer de la viande non cachère qui est תעשה לא (commandement négatif) et dont la transgression sans circonstances atténuantes est punie d'après la Torah de 40 coups de bâtons. D'un autre côté, nous avons le issour de 'HilloulChabbath (transgression du Chabbath) dont la peine prévue par la Torah est la lapidation. Ainsi à première vue, nous pourrions estimer que, la sanction relative à la consommation de viande non cachère étant moins sévère que celle faisant suite à la profanation du Chabbath, il serait préférable de consommer de la viande non cachère plutôt que d'enfreindre le Chabbath.
Est-ce bien la hala'ha ?
Pas exactement et pour les raisons suivantes. Nous rappellerons d'abord que pour cette question et pour beaucoup d'autres liées au pikoua'h nefech (sauvegarde d'une vie) le Chabbath, il faut consulter une autorité hala'hique compétente. Nous présentons ci-dessous les avis de différents Richonim (décisionnaires de la 1ère génération 1200-1300) , pour bien apprécier la variété des réponses possibles.
Raavad : D'après le Roch1 (qui cite le Raavad), il est permis d'abattre un animal pour les besoins d'un malade, puisque dans ces circonstances, le Chabbath est דחוי ה (mis de côté) en ce qui concerne l'abattage et la cuisson. Cela laisse donc supposer qu'il est assour de nourrir le malade avec de la viande non cachère quand on peut le faire avec de la viande cachère, la transgression du Chabbath pour un malade étant admise tandis qu'enfreindre le issour de נבילה (manger non cacher) reste interdit. C'est un concept difficile à comprendre, dans la mesure où le issour de consommer de la viande non cachère peut également être mis de côté dans un cas de pikoua'h nefech. Le pchath (l'explication) en est qu'un jour de semaine, on ne donnerait pas de viande tréfa au malade s'il est possible de lui fournir de la viande cachère et donc, quand le cas de pikoua'h nefech se présente le Chabbath, c'est bien le Chabbath qui nous empêche de lui donner de la viande cachère et on pourrait par conséquent le transgresser pour lui permettre de manger cacher.2
Le Roch ajoute cependant qu'en cas d'urgence et si l'on ne dispose pas du temps nécessaire pour abattre, préparer et cuire la bête, on pourra évidemment nourrir le malade avec de la viande tréfa.
Le MaHaram de Rothenbourg : Rabbi Meir de Rothenbourg, cité par le Roch dans le traité Yoma, considère que le Chabbath est הותרה (totalement permis) pour tout ce qui concerne le pikoua'h nefech et par conséquent, il permet d'agir vis à vis du malade le Chabbath exactement comme on le ferait pendant la semaine. Il compare la préparation de la nourriture pour un malade le Chabbath à la préparation pendant Yom Tov qui est totalement permise.
Rabbénou Nissim : D'après le Ran; la raison qui pousserait à donner de la viande non-cachère à un malade est que cette transgression est moins grave que celle qui consiste à abattre et à cuire de la viande le Chabbath. Cependant, il souligne que la consommation de viande tréfa pose davantage de problèmes dans la mesure où l'on est 'hayav (punissable) à chaque fois que l'on en consomme un kazayith (volume d'une olive) 4, ce qui entraîne beaucoup plus de violations que l'abattage et la cuisson qui représentent un issour (interdit) chacun (même si, comme nous l'avons vu plus haut, la sévérité de la sanction n'est pas la même).
Roch : Le Roch ajoute encore une autre raison en envisageant le fait que la personne malade puisse être dégoûtée de la viande tréfa et refuser de la consommer, mettant ainsi sa vie en danger (Est-il alors permis de lui présenter de la viande tréfa sans rien lui dire ou de lui mentir dans ce cas?). Voir dans le MichnaBerouraSiman 328:39, un résumé de ces opinions.
Hala'ha : Le Choul'han Arou'h5 statue, conformément à l'opinion de ces Richonim, et permet de "transgresser" le Chabbath dans un cas de pikoua'h nefech, même si l'on dispose de nourriture non cachère.
[1] יומא סי׳ י״ד,שו״ת הראש כלל כ״ו סי׳ ה׳
[2] Rav Sternbuch dans Moadim Ouzemanim vol. VI Simon 23 note que le Ravad ne parle que d'un cas où la viande tréfa n'a pas encore été cuite, car si elle était déjà prête à être consommée, il ne serait pas permis d'en abattre pour le malade, dans la mesure où il est permis d'enfreindre le chabbath pour sauver une vie, mais pas pour permettre à quelqu'un de manger cacher.
[3] Cela prouve qu'il y a un issour (interdit) de lui donner de la viande tréfa si on peut lui donner de la viande cachère, même s'il faut encore l'abattre et la cuire, parce que si le seul problème était l'autorisation d'abattre la viande au lieu de lui donner de la viande tréfa, pourquoi le Roch aurait-il ajouté que si le temps presse, il lui est permis de consommer de la viande tréfa.
[4] Le 'Hazon Ich (50 cl) Rav 'Haïm Naéh 27 cl
[5] Siman 328:14 exige le 'HilloulChabbath (transgression du Chabbath). En conséquence, on peut aller en voiture chercher de la nourriture cachère, traverser le réchouth harabim en portant des aliments, etc... Néanmoins il faut essayer de limiter autant que possible le 'HilloulChabbath dans la mesure où l'on n'intervient pas directement sur la sauvegarde d'une vie et il faut autant que possible agir bechinouï (en marquant une différence) etc …
Sujets de réflexion
Certains pensent que le Chabbath ne peut être transgressé que par des gens l'ayant déjà enfreint, alors que les autres devraient s'en abstenir, est-ce vrai ?
Mon voisin vient m'emprunter ma voiture dans la nuit de vendredi à samedi pour emmener sa femme à l'hôpital. Ce n'est pas un cas d'urgence mais elle doit y aller. Dois-je lui laisser ma voiture, tout en sachant qu'il déchargera la batterie ou puis-je lui demander d'appeler une ambulance ?
Réponses la semaine prochaine
Un mot sur la paracha Chofetim
Il est demandé aux juges de ne pas favoriser une personne par rapport à une autre. La nature humaine est ainsi faite que l'on juge souvent ses semblables selon les apparences extérieures en ne leur accordant que rarement le bénéfice du doute. Nous avons tendance à privilégier l'apparence et le verbe et délivrer un verdict rapide sans en évaluer les conséquences.
De nombreux tsadikim (justes) fermaient les yeux face aux justiciables et ne les rouvraient qu'après le jugement pour s'intéresser alors aux personnes assises en face d'eux. D'autres se retranchaient derrière un écran afin de ne pas être influencés par des apparences extérieures.
Cela s'applique également à nos rapports quotidiens avec autrui, où nous devrions regarder favorablement les enfants de Hachem et rendre ainsi nos vies bien plus agréables.
Note: Dans certains exemplaires de la semaine dernière, la citation en hébreu dans le mot sur la paracha était illisible, il fallait lire : " די מלומר שפתותכם שיבלו עד "
A la mémoire de Chalom ben Myriam ATTAR (1er Eloul 5762)
Vous pouvez recevoir et diffuser cette lettre en contactant : Association Déborah-Guitel, 4, rue des Archives 94000 – CRETEIL 01.43.99.03.07 e-mail:
Vous pouvez dédicacer une de nos lettres à la mémoire ou à l'attention d’un de vos proches
Note: Le but de ces publications est de clarifier les sujets traités et non pas de rendre des décisions halakhiques. Nous attirons l’attention de chacun sur les questions pratiques importantes que peuvent soulever ces sujets. On devra consulter une autorité compétente pour recevoir une décision appropriée.
Important : Ne pas transporter Chabbath et ne pas jeter mais déposer dans une Gueniza