Après avoir jeté un coup d'œil au cholent ou à la dafina, un non juif l'a mélangé avec vigueur pour en améliorer la cuisson. Peut-on le consommer ? Et si un juif l'a fait ?
Nous devons d'abord déterminer dans quel cas un issour est transgressé quand on mélange une dafina (ou un cholent ) et la réponse se divise en deux parties. La 1ère traite du cas où la dafina n'est pas encore complètement cuite et la seconde, du cas où elle l'est.
Cette question est appelée סיגמ (mélanger) . Dans le traité Betsah 34a 1, la guemara nous enseigne que mélanger de la nourriture sur un feu équivaut à la cuire, transgressant ainsi un issour deoraitha (interdit de la Torah) . L'explication courante en est qu'en mélangeant le plat, on favorise la cuisson de certains ingrédients de ce plat, ce qui n'aurait pas été le cas sans cette intervention.
En conséquence, on ne doit pas mélanger de la nourriture qui se trouve sur le feu sans être entièrement cuite parce que l'on transgresse ainsi le issour de Bichoul (cuire) . ( Rabbi Akiva Eiger 2 cite un avis du Ritba selon lequel, en remuant le charbon dans un feu pour accélérer la cuisson d'un plat qui nécessiterait autrement une ou deux heures de cuisson supplémentaires, il est possible que l'on viole le issour deoraitha de cuire. Le même principe s'applique quand on mélange de la nourriture. 3 )
Et si la nourriture est entièrement cuite ? Peut-on la mélanger si elle est sur le fourneau ou sur la plaque chauffante ?
Quand le Me'haber 4 se réfère au mélange des aliments dans une marmite, il ne veut pas dire que l'on permet de les remuer quand ils sont sur le feu. Au contraire, le Michna Beroura 5 l'interdit explicitement. A partir de cette règle, on peut se montrer plus rigoureux et s'interdire de mélanger de la nourriture, même si elle est entièrement cuite et même si elle n'est plus sur le feu, comme le rapporte le Michna Beroura 6.
Si la nourriture a été mélangée, peut-on la consommer ?
On peut consommer de la nourriture qui aurait été mélangée par erreur, même avant d'être retirée du feu. En fait, on peut même la consommer si elle a été remuée avant d'être entièrement cuite. La raison de cette indulgence est que selon de nombreux Richonim , rien n'interdit de faire cuire un aliment qui a déjà atteint le niveau de cuisson de maa'hal Ben Derosai (voir Volume I Lettre 3 ) qui, selon l'avis le plus strict, est à moitié cuit. Cela n'autorise pas pour autant de remuer des aliments puisque, selon certains avis dont celui du Rambam , en agissant ainsi, on enfreint un issour deoraitha (interdit de la Torah) et on devient passible de l'apport d'un korban (sacrifice) .
Pourquoi permet-on alors de consommer cette nourriture ?
On peut consommer cette nourriture dans la mesure où on peut profiter d'une action contraire à la hala'ha si elle a été faite involontairement, comme dans ce cas, quand il y a un avis qui le permet.
En conséquence, il est interdit de remuer des aliments sur le fourneau, même quand ces aliments sont entièrement cuits et, comme exposé plus haut, on peut se montrer plus rigoureux et l'interdire même quand ils ne sont plus sur le feu. Cependant, bediavad (a posteriori), on pourra les consommer.
Il ne faut pas prendre cette tolérance à la légère, car selon certains poskim (et la hala'ha ) c'est réellement un issour deoraitha que de favoriser la cuisson d'un aliment qui n'est pas encore totalement cuit.
J'ai vu dans un hôtel, un non juif extraire de l'eau bouillante d'une marmite qui était sur le feu et la verser dans une bouilloire d'eau chaude. Est-ce permis a priori et si non, peut-on utiliser cette eau ?
Il ne semble pas que ce soit permis dans la mesure où le non juif "repose" de la nourriture ou un liquide sur un feu découvert. Ceci est interdit car assimilable à une cuisson, puisque la bouilloire d'eau chaude n'est pas considérée comme " garouf vekatoum " ( feu recouvert) (voir Volume I Lettre 1 ) et ce qui est interdit à un juif le Chabbath l'est aussi à un non juif.
L'eau peut malgré tout être consommée car elle était déjà entièrement bouillie et quand un non juif fait 'hazara (retourne un aliment ou un liquide sur le feu) contrairement à la hala'ha , si cette nourriture était entièrement cuite auparavant, un juif peut en profiter. 7 De nombreux hôtels avec des surveillants scrupuleux ( mehadrin ) ont des bouilloires fermées pour éviter ce risque.
[1] 13 lignes à partir de la fin
[2] Au tout début de Siman 318 [3] Il y a cependant une autre explication. Mélanger fait partie intégrante du processus de cuisson et cela suffirait pour l'interdire (ceci nécessiterait un développement complémentaire)
[4] Siman 318:18 & 321:19
[5] Michna Beroura Siman 321:79
[6] Michna Beroura Siman 318:117
[7] Rama dans Siman 253:1 & le Biour Hala'ha ד" ה" םאוהריזחה "ו-"חכשכ וניד"
Sujets de réflexion
Y a-t-il une limite à ce que nous pouvons dire le Chabbath ?
Y a-t-il des choses auxquelles on ne doit pas penser le Chabbath ?
Réponses la semaine prochaine
Un mot sur la paracha Kedochim
Dans la paracha Kedochim, nous trouvons beaucoup de mitsvoth (commandements) qui traitent de nos relations avec nos semblables. Une des plus difficiles d'entre elles est la mitsvah de רוטת אל ( ne pas gardez rancune envers son frère juif à cause de ce qu'il vous a fait).
Le 'Hafets 'Hayim a voulu nous aider dans cette tâche en nous donnant la parabole suivante : Vous cherchez Yaacov et on vous dit qu'il fait partie d'un groupe de personnes. Vous vous approchez de ce groupe et vous demandez à la première personne que vous rencontrez si elle est bien Yaacov. Non, vous répond-elle, je suis Reuven. Vous faites une tentative avec le deuxième individu qui s'appelle Chimon. Avez-vous la moindre raison d'en vouloir à Reuven et Chimon de ne pas être Yaacov ? Évidemment pas, ce ne sont pas les personnes recherchées et il n'y a personne à en blâmer.
De la même façon, poursuit le 'Hafets 'Hayim, quand vous demandez à un ami de vous prêter un objet et qu'il refuse, il n'y a aucune raison de lui en vouloir. Si Hachem avait voulu qu'il vous prête cet objet, il l'aurait fait. S'il ne l'a pas fait, c'est parce que Hachem a décrété que ce n'était pas la bonne personne pour cela et il n'y a donc aucune raison de se mettre en colère.
Si nous traversions tous la vie dans un tel état d'esprit, comme le monde serait un endroit agréable à vivre.
A la mémoire de toutes les victimes du nazisme disparues en déportation
et en particulier de Guitel Brajzblat et de ses enfants
Vous pouvez recevoir et diffuser cette lettre en contactant:
Association Déborah-Guitel, 4,rue des Archives 94000 – CRETEIL 01.43.99.03.07 e-mail:
Vous pouvez dédicacer une de nos lettres à la mémoire ou à l'attention ou en l'honneur d’un de vos proches
Note: Le but de ces publications est de clarifier les sujets traités et non pas de rendre des décisions halakhiques. Nous attirons l’attention de chacun sur les questions pratiques importantes que peuvent soulever ces sujets. On devra consulter une autorité compétente pour recevoir une décision appropriée.